Harry Gruyaert

La Courneuve, 1985 ©Harry Gruyaert  Magnum-Photos

La Courneuve, 1985 ©Harry Gruyaert
Magnum-Photos

 

 

 

 

 

 

 

HAUT EN COULEUR, PALPITANT, CHARNEL.
Quand : jusqu’au 14 juin 2015.
Où : Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, Paris 4e.
Au panthéon de la photographie couleur, beaucoup de noms américains : Saul Leiter, Joel Meyerowitz, Stephen Shore, William Eggleston… Il convient d’ajouter le patronyme du Belge Harry Gruyaert, pionnier européen en la matière, auquel la Maison européenne de la photographie (MEP) consacre une première rétrospective réjouissante.
Né en 1941 à Anvers, Harry Gruyaert est bien plus influencé par la peinture ou le cinéma que par la photo, et, s’il faut choisir, bien plus proche d’une démarche américaine que d’une tradition humaniste à la française. Au début des années 1960, il quitte la Belgique pour Paris et se mêle un temps à l’effervescence du monde de la mode. Et puis, en 1969, il découvre le Maroc à l’occasion d’un reportage. C’est le déclic. Il s’écarte alors de la presse afin de poursuivre un travail personnel guidé par la couleur, la composition, la matière… et la découverte de nouveaux continents. Intégré à Magnum Photos en 1981, il sillonne sans relâche l’Asie, les États-Unis, le Moyen-Orient ou la Russie. Repu de ciels roses et bleus, de devantures carmin et de taxis jaunes, il s’autorise enfin à ausculter sa terre natale et publie le livre Made in Belgium en 2000.
Sa démarche ? Elle est émotionnelle, instinctive, brutale même : « La couleur est plus physique que le noir et blanc, plus intellectuel et abstrait. Devant une photo en noir et blanc, on a davantage envie de comprendre ce qui se passe entre les personnages. Avec la couleur, on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui expriment une situation », analyse-t-il. Sous-tendus par le velouté des tirages Cibachrome, les fragments de réalité d’Harry Gruyaert palpitent sur les murs de la MEP en dehors de toute logique thématique ou géographique : le gris d’un ciel torturé, le rouge criard d’un siège en Skaï, les ombres et l’or d’une rue d’Ouarzazate, les escarpins lustrés d’une vieille dame endimanchée, un paysage en chantier effet crème glacée… Sous son objectif, plus d’argentique ni de numérique, plus de villes ni de dates, seulement une description graphique du monde, née pour se matérialiser sur le papier.
On complète avec : le parcours « La RATP invite… » qui dissémine des tirages géants d’Harry Gruyaert dans une dizaine de stations de métro, et qui se clôt par un accrochage à la Maison de la RATP, Paris 12e ; la belle monographie publiée aux Éditions Textuel, Harry Gruyaert (144 pages, 55 €).

Coup de cœur attribué par Aurélie

On a aussi aimé :  le duo de choc proposé par le Grand Palais, le maître de la peinture espagnole Velázquez d’un côté, l’enfant terrible de la mode Jean-Paul Gaultier de l’autre ; La toilette, naissance de l’intime au musée Marmottan Monet.