Huit quartiers de roture

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CURIEUX, SENSIBLE, PUDIQUE, TENDRE
De : Henri Calet

Editions Le Dilettante 20 euros, 24 pages
Si vous n’avez jamais lu Henri Calet, vous avez de la chance ! Vous allez découvrir l’un des grands méconnus de ce siècle. Méconnu pas tout à fait ou plus tout à fait : depuis une trentaine d’années, on réédite les romans, chroniques et reportages de cet écrivain de Paris, vrai inventeur du « voyage à la paresseuse » : Rêver à la Suisse ou L’Italie à la paresseuse sont deux exemples de livres à emporter si vous allez au-delà du Léman ou des Alpes. Mais commencez par le début, La belle lurette. Il raconte son enfance dans le Paris 1900 pas si joyeux que ça, avec son ton détaché, sa tendresse, son sens de la formule juste qui n’est jamais de l’esbroufe. Et continuez avec Le Tout sur le tout puis les Grandes largeurs. Ces deux recueils vous conduiront dans le 14ème arrondissement et Belleville Ménilmontant. Ils seront une excellente introduction à ces Huit quartiers de roture qui vous mèneront dans les 19ème et 20ème arrondissements.
La carte qui figure en couverture du livre donne le ton : on y voit les quartiers qui constituent ces arrondissements coloriés en rose. Or comme l’écrit Calet, c’est en gris qu’il aurait fallu les teinter. Le gris des souvenirs : « Mon père y est né, mon grand-père y est mort. J’y ai vécu. Et je viens d’en faire le tour. J’ai respiré son air et son parfum ; ses couleurs sont les miennes ». Ces déambulations évoquent un Paris perdu : celui qu’on voit dans Casque d’or de Becker, sur les photos de Willy Ronis, dans un accent qui fut celui de la môme Piaf. Chaque balade commence par un « cri de Paris », l’un de ces quatrains que les marchands ambulants criaient ou chantaient pour appâter le chaland. Calet résume l’histoire du quartier, La Villette, Amérique ou Charonne, rappelant comment on l’appelait et pourquoi. Erudition légère, toujours étonnante. Vous apprendrez ainsi d’où vient le mot guinguette. Puis il dit avec pudeur ce qui le touche : « J’aime ces faubourgs pauvres où il n’y a rien à voir. On croise le minimum de gens, on se sent presque seul, on s’enfonce dans une agréable mélancolie, au risque d’y perdre pied, insensiblement.
Et puis le livre est accompagné d’un CD ; une merveille. On entend la voix de Calet qui raconte ses promenades, des dialogues dits par des comédiens, et des chansons populaires des siècles passés. On songe à Arletty dans Les enfants du Paradis, à Gabin dans La belle équipe, à des temps plus anciens. Ce livre et ce disque donnent envie de faire un voyage dans le temps et de flâner, au printemps.

Coup de cœur attribué par Norbert.

On a aussi aimé : Dans les ombres blanches Christian Thorel Seuil
Si vous aimez les livres, vous aimez les belles librairies, le passage de table en table, le feuilletage, la lecture d’un quatrième de couverture. Vous fréquentez des librairies à Paris, à Rouen ou Bordeaux, à Strasbourg ou Toulouse. Ombres blanches, c’est dans la « ville rose ». C’est un endroit à part, très vaste et très intime, un lieu dans lequel on a envie de rester. Christian Thorel en est le directeur depuis quarante ans et il raconte comment la passion des livres lui est venue, comment il est entré dans ce métier, et ce qu’il a bâti, avec ses compagnons, avec les auteurs et éditeurs qui tiennent à une librairie vivante et indépendante. Un petit livre et beaucoup de passions.