The Servant

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MYSTERIEUX, PROVOCANT, HALETANT, INSOLITE.

Avec : Maxime d’Aboville, Roxane Bret, Xavier Lafitte, Adrien Melin et Alexie Ribes.
De : Robin Maugham Mise en scène : Thierry Harcourt
Où : Théâtre de Poche Montparnasse

Vous vous souvenez du film de Joseph Losey avec Dirk Bogarde dans le rôle du domestique sur un scénario aux petits oignons de Harold Pinter ? Le noir et blanc de l’époque, 1963, ajoutait du ciselé à la perversité des scènes où le renversement social jouait pleinement. Pinter s’inspirait de la pièce de Robin Maugham où Tony, un jeune aristocrate londonien, dandy et paresseux, embauche à son service Barett, un domestique en or, qui va s’immiscer dans l’intimité du jeune homme au point d’en devenir indispensable, de faire le vide autour de lui et d’éloigner Sally, sa fiancée ou Richard, son meilleur ami. Le serviteur deviendra vite le maitre de la maison, soumettant à son bon vouloir son maître, devenu esclave consentant et manipulé. Le metteur en scène Thierry Harcourt réussit le formidable pari d’adapter la pièce avec Laurent Sillan à l’époque contemporaine, s’entourant d’une brochette de jeunes acteurs absolument épatants et rendant le propos plus énigmatique que jamais. Loin du décor bourgeois du film, il installe ses comédiens dans un appartement sombre au décor quasi absent, où plane une atmosphère musicale jazzy et des halos de couleur jaune diffusé par des lampadaires seventies. La simplicité de la mise en scène, l’engagement et la sincérité des acteurs parviennent à mettre en valeur la densité dialectique du texte de manière saisissante. Xavier Lafitte trimballe son élégante silhouette d’aristo au grand cœur avec un flegme totalement british et fait montre d’une fragilité touchante dans le rôle de Tony. Campant Barett le domestique, Maxime d’Aboville accomplit une performance d’acteur impressionnante, gainé par une suffisance et une contenance sulfureuse, saisissant de vérité et d’ambivalence. Adrien Melin, dans le rôle du meilleur ami Richard, est d’un naturel confondant, face à Alexie Ribes, la fiancée, altière puis totalement perdue par la situation. La toute jeune Roxane Bret, qui interprète Véra et Kelly, se révèle prodigieusement provocante et délurée ! Sado masochisme, homosexualité latente, soumission perverse, renversement des statuts du maître et de l’esclave, autant de pistes qui restent à explorer avec cette pièce forte à l’interprétation saisissante.

Coup de cœur attribué par Hélène.

On a aussi aimé : Dancefloor Memories au Studio-Théâtre par les comédiens du Français jusqu’au 10 mai, une bouleversante fable à trois personnages sur le thème de la trahison et de la vieillesse.Voyages avec ma tante et Marie Tudor à la Pépinière Opéra, deux spectacles très différents mais très anglais, avec deux grands acteurs, Claude Aufaure et Cristiana Réali et la reprise d’un succès de Balzac. Primo Levi et Ferdinando Camon, conversations au Théâtre Essaion juqu’au 26 mai, des échanges vibrants autour de la parole du grand écrivain qui écrivit « Si c’est un homme » en 1947 mis en scène par Dominique Lurcel.