Pierre Bonnard, Peindre l’Arcadie

peindre-l'arcadie

 

 

 

 

 

INCONTOURNABLE, ÉBLOUISSANT, TOUCHANT.
Quand : jusqu’au 19 juillet 2015.
Où : Musée d’Orsay
Dix ans qu’on ne l’avait pas vu à Paris, dix ans qu’on salivait devant les grandes expositions lui rendant hommage à travers le monde. Le maître Pierre Bonnard s’installe au musée d’Orsay et s’y révèle aussi complexe que flamboyant.
Né en 1867, Bonnard étudie le droit avant de se consacrer à la peinture. Son modèle ? Gauguin. Sa passion ? L’estampe japonaise, ce qui l’amènera à développer un style décoratif jamais renié, ainsi que le démontrent les neuf sections de la rétrospective parisienne. Bonnard, c’est donc tout d’abord ce « Nabi très japonard » qui remet nos perspectives à plat sur des panneaux-kakémonos. Conséquence directe, il devient rapidement ce chantre de la couleur dont les teintes nous éclaboussent tout au long de la visite, du vert tendre de la Normandie au jaune brûlant de la Côte d’Azur. Dans la continuité, il se fait orfèvre de l’intime, observateur attendri des intérieurs bourgeois et délicat voyeur des cabinets de toilette.
Et puis Bonnard, sous l’ocre et la lumière, c’est aussi un peintre qui dialogue avec son temps. Facétieux, il sait capturer ce que la vie moderne lui offre d’incongru (Promenade au bois de Boulogne). À l’époque de Freud et Maeterlinck, il laisse planer des zones d’ombre dans ses mises en scène (L’Indolente) et n’hésite pas à enfermer ses sujets dans des compositions oppressantes (L’Homme et la femme). Heureux propriétaire d’un Kodak depuis le début des années 1890, il utilise la photo en amateur sentimental… Mais pas seulement, comme le suggère la confrontation de ses toiles au cadrage audacieux et d’une cinquantaine de clichés, parmi lesquels des nus millimétrés ou saisis sur le vif.
Enfin, si Bonnard a été le chroniqueur d’un bonheur paisible, depuis le jardin de la famille Terrasse (L’Après-Midi bourgeoise) jusqu’aux scènes paradisiaques des toiles monumentales de la fin de sa vie (il meurt en 1947), son Arcadie n’en est pas moins lézardée par l’angoisse, les inquiétudes. Un coup d’œil sur l’un de ses autoportraits à contre-jour donne une juste idée de l’artiste qu’il était : lumineux, sensible, sombre, touchant. Tout ça à la fois.
On complète avec : le catalogue de l’exposition, une coédition Musée d’Orsay / Hazan (288 pages, 45 €) et le documentaire de Bruno Ulmer, Pierre Bonnard. Les couleurs de l’intime (Arte France, 52 min, 20 €).

Coup de cœur attribué par Aurélie

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