Pas exactement l’amour

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VIF ACIDE TENDRE DOULOUREUX
De : Arnaud Cathrine

Editions Verticales 17,90 euros 254 pages
La nouvelle n’est pas un genre très prisé alors qu’elle ne manque pas de qualités, notamment lorsque les minutes nous sont comptées ou que l’on a envie d’aller vite. On ouvre un recueil presque au hasard, et en une dizaine ou trentaine de pages, c’est selon, on entre dans un univers comme dans un salon (ou réciproquement).
Avec Pas exactement l’amour, on entre parfois dans un restaurant, sur une scène occupée par une chanteuse, dans une chambre ou une salle de mariage. Là se rencontrent des couples, des presque plus couples, des pas encore couples. Ou celles et ceux qui ont aimé un homme ou une femme, et qui s’en remettent mal. Le narrateur de « Une erreur de jeunesse » s’adresse après son mariage dont il était l’un des témoins à son meilleur ami dont on ne saura jamais le prénom. Ce « tu » s’est marié avec Dina, dans le bassin d’Arcachon. Depuis un an, je et tu ne s’étaient pas revus et les retrouvailles révèlent les failles du passé. Le narrateur ne s’est en effet pas remis de leur jeunesse, de leurs quatorze ans, de quelques saisons passées ensemble. Raphaëlle, narratrice et héroïne de « Simona », ne se remet pas mieux d’avoir revue, de façon fugitive, cette Simona qu’elle a beaucoup aimée, failli détruire, avant de sombrer elle-même. Simona est partie en Italie et Raphaëlle s’apprête à épouser Nicole, qui lui a sans doute sauvée la vie, en pariant sur elle, comme on estime des travaux dans une surface habitable. La brève rencontre, et un « ça va ? » qui lui tourne dans la tête provoque une crise chez la narratrice et fait vaciller le couple. « J’attendrai » raconte les fins d’après-midi d’un homme plutôt jeune, installé à sa fenêtre, comme sa voisine dans la soixantaine. Tous deux attendent, avec plus ou moins de patience. Nous ne dirons pas qui ; nous ne dirons pas davantage ce qu’ils pensent ou croient l’un de l’autre : ce sont des spectateurs.
Et puis il y a ce « elle » et « lui » de la nouvelle titre, dont on découvre l’amour naissant dans la première nouvelle, par fragments, comme des plans de films, avec les ellipses nécessaires pour que le temps achève de les user, entre un studio minuscule de la rue Lafayette et un bel appartement vers la Porte de Bagnolet. Il est écrivain et ne peut écrire sans penser à elle. Jusqu’au moment où il devient sec. Avant la fin : « Après, ils s’aimèrent. // Ce fut autre chose. »
L’amour, c’est toujours autre chose, « mais quoi ? » s’interroge Arnaud Cathrine. Il ne faut pas moins de dix histoires pour commencer de le savoir.

Coup de cœur attribué par Norbert.

On a aussi aimé : Vaterland Anne Weber Le Seuil 20 euros
Le récit d’Anne Weber s’achève à Poznan, ville autrefois allemande où son arrière-grand-père, mort en 1924, a été pasteur. Ce « Sanderling » a aussi été un philosophe, ami des plus grands. Après lui, une autre histoire fait obstacle : elle concerne son grand-père et son père. On la connaît un peu. Peut-être trop. Mais il lui faut s’en débrouiller. Ce livre rempli de questions, de cheminements divers, de digressions qui n’en sont pas raconte une Allemagne. Celle d’Anne Weber bien sûr, mais pas seulement. Particularité de l’auteur : elle écrit en allemand et se traduit elle-même. A cheval sur deux cultures, deux langues, deux identités.