Taryn Simon

The Innocents, 2002, courtesy de l’artiste © 2014 Taryn Simon

 

 

 

 

 

 

 

INATTENDU, FOISONNANT, L’AMÉRIQUE COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS VUE.
Quand : jusqu’au 17 mai 2015.
Où : Jeu de Paume 1, place de la Concorde, Paris 8e.
Après Londres, Berlin et New York, Paris accueille l’artiste américaine Taryn Simon, tout juste quarante ans et une carrière à en faire pâlir plus d’un. Voilà dix ans que la jeune femme se sert de la photographie comme alibi pour explorer des champs aussi divers et secrets que la politique, la science, la sécurité, l’éthique, la justice… À la fois méthodique et arbitraire, son travail découpe, recoupe et regroupe des fragments prélevés à la source de notre société pour ausculter notre rapport – forcément défaillant – au monde, à sa réalité.
Au vu des cinq séries déployées au Jeu de Paume, deux constats : Taryn Simon propose bien plus que des images et avec elle, l’essentiel ne se trouve ni à la surface des œuvres, ni entre les quatre murs de l’expo. C’est sur le hors-champ, ou du moins ce qui devrait y rester, que l’artiste commence par braquer son appareil : des opérations chirurgicales délicates, la collection d’art de la CIA, une ferme pour corps en décomposition, des tests de missiles… Et quand cela ne suffit pas, Taryn écrit, Taryn décrit. La plupart de sa production, à l’instar de la série The Innocent, centrée sur des individus incarcérés à tort, prend tout son sens entre texte et image. À grand renfort de mots et d’éléments graphiques, il lui arrive même d’élaborer des récits sans illustrations, sans œuvres. En témoignent les panneaux noirs reproduits à Paris pour figurer le chapitre V du corpus A Living Man Declared Dead and Other Chapters, censuré l’an passé à Pékin. Surtout, pour mettre en valeur les forces et mécanismes qui préexistent aux images, Taryn recourt à la segmentation alliée à la multiplication. C’est le cas dans la série Contraband, impressionnant catalogue photo de contrefaçons, drogues, plantes vertes et autres charcuteries retenues chaque jour par les douanes américaines.
Le tout, visuellement impressionnant, est servi par une scénographie soignée, orchestrée de A à Z par Taryn Simon en personne. Soit un dispositif englobant à l’intérieur duquel le visiteur peut se laisser aller à la contemplation et à l’interprétation. Pour tous ceux qui aiment se raconter des histoires passionnantes.
On repart avec : le catalogue de l’exposition, coédité par le Jeu de Paume, Le Point du Jour et la Tate, Vues arrière, nébuleuse stellaire et le bureau de la propagande extérieure. Œuvres de Taryn Simon ; et/ou avec un sac de toile orné du fameux chapitre V censuré.

Et pour découvrir pourquoi la photo a autant le vent en poupe, c’est ici.

Coup de cœur attribué par Aurélie

On a aussi aimé : Toujours au Jeu de Paume, l’autre femme talentueuse avec laquelle Taryn Simon partage l’affiche, Florence Henri. Miroir des avant-gardes, 1927-1940 ; Le Bord des mondes au Palais de Tokyo, à mi-chemin entre art et créativité ; et puis, un pied dans la mode, l’autre dans l’histoire, Fashion Mix à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.