La violence en embuscade

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PROCHE, INQUIETANT, SUBTIL, PRENANT.

De : Dror Mishani  traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Policiers Le Seuil 21 euros 320 pages.

Fausses pistes et vrai meurtre
On connaît surtout Israël pour l’actualité souvent brûlante. C’est à une toute autre vision du pays que nous invite la lecture de La violence en embuscade. Ici, pas question de conflits avec les voisins, de terrorisme ou de tension. Mais un crime tout de même, et une bombe. Fausse heureusement. On l’a placée devant une crèche, dans une rue de Holon, petite ville de banlieue près de Tel Aviv. Fausse bombe mais vraie enquête, menée par Avi Avraham, un commandant de la police locale, déjà héros d’Une disparition inquiétante. Le policier s’en voulait d’avoir provoqué la mort d’un adolescent assassiné par ses parents. Là, il est résolu à trouver la bonne réponse. Elle tarde à se profiler ; c’est tout l’art du romancier que de semer des fausses pistes, de cacher un indice dont le rôle sera déterminant dans les dernières pages. Or impossible de lire la fin seule !
Deux suspects sont donc interrogés autour de cette fausse bombe. Un certain Rame, jeune type arrogant, et Haïm Sara, la cinquantaine, marié à Jennie, une Philippine, qui serait en voyage dans son pays natal. Il a prévu de l’y retrouver avec leurs deux enfants. L’un d’eux est dans cette crèche menacée et la directrice l’aurait frappé. Sara a eu une altercation devant témoin avec cette Eva Cohen peu aimable, souvent brutale.
Mais le comportement de Sara intrigue le commandant Avraham plus que tout. Il prépare son voyage aux Philippines de façon impromptue. Pourquoi cette hâte ? Sa mère l’aide en gardant les enfants mais aussi en conseillant Sara comme le ferait une personne qui en sait beaucoup. Il y a quelque chose de Lady Macbeth dans cette mère évidemment peu liée à sa belle-fille.
Le roman est construit selon divers points de vue : on suit Avraham dans son enquête, on voit Sara en train d’agir, ou, dans un effet de montage parallèle, l’enquête sur l’agression contre Eva Cohen. Cette péripétie témoigne des tensions très vives existant avec les employées. Le commissariat où Avraham côtoie sa vieille complice et chef Ilana Riss est le lieu d’où tout part et où tout revient. Enfin presque puisque le roman qui a commencé à Bruxelles s’y termine : là, en effet, vit Marianka, une policière, avec qui Avraham rêve de fonder un foyer. Peut-être une fin heureuse ?

Coup de cœur attribué par Norbert.

On a aussi aimé : Discours à l’Académie suédoise Patrick Modiano Gallimard 7 euros
Trente pages, c’est tout et c’est beaucoup. Pour celles et ceux qui veulent comprendre ce que sont l’art et la vie du récent prix Nobel de littérature, voici un texte modeste et rigoureux, un art du roman et une façon d’ancrer des textes qui nous intriguent et nous enchantent par leur poésie et leur élégance dans Paris, « la » ville de Modiano. Rien de savant ni d’obscur, pas un zeste de pédanterie : on retrouve l’écrivain discret, si mal à l’aise devant les médias, mais si précis quand il écrit. Une voix qu’on reconnaît et qu’on apprécie parmi toutes les autres. Et pour conclure avec ses mots, le dernier paragraphe de ce beau texte : « Mais c’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire ressurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan. »