Blind date, l’amour à perte de vue

(c) Photo Lot

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SURPRENANT, MYSTERIEUX, PASSIONNANT

Avec : Dominique Arden, Raphaëlle Cambray, Ingrid Donnadieu, Victor Haïm et André Nerman
De : Mario Diament Mise en scène : John Mc Lean
Où : Théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette 75005 Paris

Certains auteurs de théâtre parviennent, à l’instar des romanciers, à nous introduire dans des mondes dont les personnages se croisent, livrent des vies dans lesquelles on est invité, en tant que spectateur, à se plonger, qu’on est tenté de partager, avec tendresse ou complicité. Comme si on s’immergeait dans les pages d’un livre, mille feuilles aux multiples entrées et aux multiples vies. Mario Diament, journaliste et auteur argentin, grand admirateur de Jorge Luis Borges et de Gustave Flaubert, est de ceux là. Sa pièce a déjà récolté de nombreux prix aux Etats-Unis et a été jouée partout dans le monde. Dans « Blind date », on parle d’amour, de hasard, de rendez-vous manqués, de fantasmes et de frustrations, de rêves et de cauchemars. La pièce débute dans un parc de Buenos Aires, un matin de printemps, sur le banc ou vient s’asseoir un vieil écrivain aveugle, une sorte de double de Borges, joué par Victor Haïm, lui-même auteur de théâtre et acteur prodigieux. A ses côtés prend place un autre homme, cadre dans une grosse entreprise financière (André Nerman) qui lui révèle une partie de son existence. Rêves ratés, diktat du travail, routine conjugale, rencontre amoureuse avec une jeune fille… Le vieil homme écoute, imagine, projette, sans se départir d’une bienveillante attention. De la même façon sera-t-il le témoin des confidences d’une jeune femme de 27 ans, sculptrice, qui l’aura reconnu. D’autres personnages, comme dans une ronde, viendront se délivrer de leurs secrets en passant le relais à d’autres, alors que l’écrivain, telle une caisse de résonnance, raccorde les fils de sa propre vie. Ingrid Donnadieu (la jeune fille), Raphaëlle Cambray (la psychanalyste) et Dominique Arden (la mère) complètent la distribution brillante de ce puzzle existentiel dans laquelle chaque vie renvoie à une autre, comme des fragments d’un miroir, mystérieux et magique, rendant toute rencontre obligatoire. Etourdissant et émouvant, ce moment de théâtre remarquablement interprété est profondément humain sans oublier d’être drôle.

Coup de cœur attribué par Hélène.

On a aussi aimé :  L’Etre ou pas, de Jean-Claude Grumberg au Théâtre Antoine jusqu’au 20 mars, 9 impromptus hilarants entre deux voisins de paliers qui dissertent sur la question du judaïsme, avec Pierre Arditi et Daniel Russo qui sont formidables, mis en scène par Charles Tordjman. On ne se mentira jamais, d’Eric Assous avec Jean-Luc Moreau et Fanny Cottençon en pleine crise conjugale au Théâtre La Bruyère. Le souper, de Jean-Claude Brisville, une reprise mémorable de la rencontre entre Fouché et Talleyrand après l’exil de Napoléon, incarnés par deux monstres de la scène, Patrick Chesnais et Niels Arestrup au mieux de leur forme au Théâtre de la Madeleine.