Les événements

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DRÔLE, INQUIÉTANT, ÉTONNANT, SUBTIL

De : Jean Rolin

P.O.L. 15 euros 210 pages

Une voiture fonce à contresens sur le boulevard de Sébastopol. Descend vers le sud, à travers des paysages de fin d’hiver parfois déserts, parfois occupés par des hommes en arme. Que se passe-t-il au juste ? Et surtout pourquoi ? On l’ignore et on ne le saura jamais. Les événements sont une fiction, et cela vaut mieux. Le roman raconte une guerre civile en France, de nos jours. Mais Jean Rolin, a écrit L’enlèvement de Britney Spears ou Ormuz. On se doute que le ton du roman sera moins grave qu’on pourrait le craindre. Et on rit. Le style Rolin, ce sont de longues phrases élégantes, qui basculent sur une pirouette, un détail, ou divaguent par une anecdote.

Mais revenons à cette guerre civile. On ne sait jamais ce qui l’a déclenché et qui s’y oppose. On suit le narrateur qui trace son chemin dans la France des petites villes, celle de Traverses. On guette le passage des petits animaux, qui annoncent les saisons. Les paysages urbains et surtout péri-urbains inquiètent davantage : ils servent de base à des bandes, plus ou moins bien intentionnés à l’égard du narrateur. Lequel veut aider une de ses ex-compagnes Victoria, à retrouver leur fils. Mais ce fils est-il vraiment le sien ? Existe-t-il même ? L’incertitude plane sans cesse.

Les événements, on l’aura sans doute compris, est un miroir de notre monde en furie. Les noms, les situations, les objets, nous les voyons tous les soirs à la télévision. De la FINUF aux ONG, des journalistes aux salles d’interrogatoire, nous connaissons tout mais n’y comprenons pas grand chose. Ou bien nous préférons ne rien comprendre. La barbarie du monde a quelque chose de sidérant. Ce roman grossit comme une loupe, et atténue : la violence sanguinaire n’y est jamais montrée de front. Jean Rolin écrit un conte à la Voltaire. Pour faire réfléchir sur ce qui nous envahit.

Les événements sont une synthèse ou un concentré. La traversée de la France rappelle ce que l’on sait des guerres, et que Rolin montrait déjà dans Campagnes ou Un chien mort après lui : elles ne sévissent pas partout, elles ménagent des zones de paix, de silence, dans lesquelles des gens se reposent.

Rolin écrit avec les cartes routières sous les yeux. On le suit, on regarde ce pays qu’il sait si bien décrire, comme Depardon avec son appareil photo. Les époques se mêlent, les idéaux surnagent, simples signes d’un temps révolu, ose-t-on espérer.

Mieux vaut donc en sourire ; la réalité serait insupportable. Heureusement, nous sommes encore loin de tout cela…

Note de la Rédaction : ce coup de cœur a été écrit à la toute fin de l’année 2014.

Coup de cœur attribué par Norbert.

On a aussi aimé :

Un été  de Vincent Almendro. Éditions de Minuit, 96 pages 11,50 euros. C’est l’été. Le narrateur va passer ses vacances avec Lone, sa compagne, sur le voilier que Jean, son frère, a loué à Naples. Mais une autre passagère est là, Jeanne. Et c’est un sacré diable de femme…Il fait chaud, des orages grondent ou éclatent, Jeanne réveille les sentiments enfouis chez le narrateur, son ex-amant. On devine que la traversée vers Capri ne sera pas de tout repos. Vincent Almendros, déjà auteur de Ma chère Lise, écrit sec, en paragraphes qui sont autant de secousses, parfois brèves, en ellipse et en allusion. Un été a de faux airs de thriller, ressemble à Plein soleil, avec Alain Delon. La chute surprendra : laissez-vous mener en bateau !

Une fille de Juliette Kahane. Éditions de l’Olivier, 176 pages 16, 50 euros. L’auteur de ce récit est la fille de Maurice Girodias, éditeur de Lolita de Nabokov et de quelques romans des plus sulfureux, de Henry Miller. Vivre dans l’ombre d’un tel homme est difficile, a longtemps été impossible. Jusqu’au jour où elle a ouvert les caisses d’archives, la boite de Pandore, apprenant ainsi qui elle avait côtoyé. Et l’on va de révélation en révélation. Un récit passionnant et surprenant.