La double inconstance

 © Brigitte Engérand

© Brigitte Engérand

 

 

 

 

 

 

 

SUBTIL, DÉCOIFFANT, DRÔLE, CRUEL

Avec : Catherine Salviat, Eric Génovèse, Florence Viala, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet et Adeline D’Hermy
De : Marivaux. Mise en scène : Anne Kessler
Où : Comédie Française, 1 place Colette 75001 Paris.
Quand : jusqu’au 1er mars 2015

A l’heure où la téléréalité n’existait pas encore, Marivaux, grand spécialiste des atermoiements du cœur, compose en 1723 une de ses comédies les plus cruelles et les plus démoniaques, La double inconstance. Figurez-vous un Prince amoureux d’une jeune villageoise, elle même éprise d’un jeune homme de sa condition, Arlequin. Pour brouiller les pistes, le Prince décide d’enfermer dans son palais Silvia et Arlequin et de les confier à Flaminia qui se chargera de séduire Arlequin, quand Sylvia tombera sous le charme d’un bel officier qui n’est autre que… le Prince. Dans cette épreuve où les cœurs des deux jeunes gens sont rudement mis à mal, naît également un désir de revanche : l’honnêteté, la vertu, l’amour appartiennent déjà à la Carte du Tendre alors que l’ascension sociale dessine un horizon plus flamboyant. Sociétaire du Français, Anne Kessler multiplie les mises en abymes en mélangeant allègrement les genres. La scène se déroule dans le foyer des comédiens, avec un miroir où s’exercent les artistes. Passé cet artifice qui n’apporte pas grand chose à la compréhension de l’histoire, les comédiens qui interprètent les personnages dans des costumes originaux et frais signés Renato Bianchi rivalisent de talent pour notre plus grand bonheur. Loïc Corbery, avec sa dégaine de jeune rentier qui prend son bain avec son smartphone, bardé d’un flegme et d’une assurance très british, est irrésistible, tout comme Eric Génovèse, belle présence altière pour jouer Trivelin et Florence Viala, manipulatrice et retorse comme la Valmont des « Liaisons Dangereuses ». En blue-jean et feutre mou, l’Arlequin de Stéphane Varupenne est un petit gars de notre époque, opportuniste et malin. Adeline D’Hermy possède la fragilité ingénue des poupées de porcelaine qui résistent comme par miracle à tous les chocs et Georgia Scalliet est une Lisette délicieusement perfide. La mise en scène fluide permet au spectateur de passer du salon au balcon d’un immeuble, au rythme d’un éventail musical qui va de Mozart à Franck Sinatra. Malgré quelques longueurs, beaucoup de grâce et de charme anglais dans ce spectacle qui ravira ados et adultes, épris de la belle langue si tonique du dix-huitième siècle.

Coup de cœur attribué par Hélène.

On a aussi aimé : Cirkafrika 2  qui présente de manière flamboyante, avec danses, scénographie et orchestre le cirque africain aujourd’hui (jusqu’au 11 janvier à la pelouse de Reuilly puis en France). Fratricide au Poche Montparnasse (1er mars), un duel efficace entre deux frangins que la vie a séparé avec Jean-Pierre Kalfon et Pierre Santini. La réunification des deux Corées, un bouleversant spectacle de Joël Pommerat sur l’amour, ses histoires et ses galères, à l’Odéon-Ateliers Berthier jusqu’au 31 janvier.