Tristesse de la terre

2014-12-Éric-Vuillard-c_Melania-Avanzato-colSOBRE, MÉLANCOLIQUE, INTELLIGENT, DÉLICAT

de : Éric Vuillard

Actes Sud

Tristesse de la terre faisait partie des listes de prix littéraires mais il a été oublié. Mettons de la lumière sur ce récit. Ce n’est pas un roman, mais d’abord une histoire de Buffalo Bill Cody, pour reprendre le sous-titre de ce livre. On connaît vaguement cette figure de légende. Des photos ouvrent chaque chapitre et donnent une vision plus réelle de ce qu’il en était vraiment. Où l’on comprend la tristesse dont il est question dans le titre… Mais partons de Buffalo Bill et du Wild West Show. Buffalo Bill est un héros de second plan qui croit ce qu’il joue. Il a si souvent joué son show qu’il croit avoir été ce héros cavalcadant sur la piste sableuse. Le spectacle ressemble au cirque ou à la parade. Il met en scène le héros américain dans sa lutte contre l’ennemi. Dans les gradins, des jeunes gens apprennent l’épopée de leur pays par ce show plein de bruit « comme si le monde avait été créé dans un roulement de tambour. ».

Un certain Burke, imprésario, qui a tout compris à l’entertainment engage pour le spectacle Sitting Bull, le vainqueur de la bataille de Little Big Horn. L’homme, déjà vieux, accepte. Il se trouve seul sur la piste, bientôt hué et insulté par le public haineux. Le pire est à venir. En décembre 1890, un certain général Miles prend prétexte d’un grave incident pour massacrer à Wounded Knee des Indiens, dont Sitting Bull. Une petite fille survit. On l’engage dans la troupe de Buffalo Bill. Façon de la faire disparaître, comme disparaitront de la scène de l’Histoire les habitants originels de ce pays continent. Des photos, là aussi, disent cette solitude immense, cet abandon que les films comme les légendes effacent de nos yeux. Le sort de l’enfant met en relief la dimension affective, émotionnelle du spectacle. Jusqu’à ce que ce type de spectacle disparaisse, remplacé par un autre, le cinéma. « Le spectacle est à l’origine du monde », écrit Eric Vuillard au tout début de ce livre. Il distille une infinie mélancolie mais on ne peut détacher les yeux de l’arène soudain vide.

Coup de cœur attribué par Norbert.