Le Palais de la Porte Dorée

2014-12-Palais-nuit-WEBDécembre 2014

Nos abonnés Découverte et Club vont pouvoir aller visiter l’expo Fashion Mix à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui est abrité dans ce bâtiment méconnu. Malgré un passé pas commode, ce monument, unique en son genre, ne cesse de se réinventer. Est-ce parce qu’il serait doré ? Non. D’ailleurs, sa porte ne l’est pas plus, comme nous allons le voir…

Le Palais de la Porte Dorée abrite la Cité nationale de l’histoire de l’immigration ainsi que l’Aquarium tropical. Les visiteurs y ont la chance de découvrir un bâtiment exceptionnel quant à son histoire et quant à la qualité de son architecture et de son décor, caractéristiques des années 1930 et du style Art Déco. Construit par Albert Laprade (1883-1978), à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Paris de 1931, le Palais de la Porte Dorée est alors le seul bâtiment voué à être pérenne parmi tous ceux de cette manifestation. Il doit devenir le musée permanent des Colonies. Or, si l’année 1931 marque l’apogée de l’Empire colonial français, elle marque aussi le début de son déclin.

Les différentes dénominations du lieu attestent de l’évolution des liens entre la France  et ses anciennes colonies devenues, en partie, sa sphère d’influence : le « musée permanent » devient le « musée de la France d’Outre-mer » en 1935, puis le « musée des Arts d’Afrique et d’Océanie » en 1960, avant d’accueillir la « Cité nationale de l’histoire de l’immigration » en 2007. Comme un symbole d’une histoire dont la France ne sait pas toujours bien quoi faire, ces changements de nom se sont succédés au cours des années et ont culminé avec la non-inauguration de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui a été ouverte au public le 10 octobre 2007, sans aucune manifestation officielle en bonne et due forme en présence d’un membre du gouvernement. Il faudra attendre plus de 7 ans pour que le président, François Hollande,  l’inaugure enfin le 15 décembre 2014.

 2014-12-Palais-hist_expo3_affich-WEB« Le tour du monde en un jour », tel était le slogan de l’Exposition coloniale internationale de Paris de 1931, qui se déroula du 6 mai au 15 novembre 1931, à l’orée du bois de Vincennes. Le visiteur pouvait découvrir chacune des possessions françaises au travers de pavillons s’inspirant d’architectures indigènes. L’Indochine était, par exemple, représentée par un pavillon à l’image et aux dimensions spectaculaires du temple cambodgien d’Angkor Vat. Le pavillon de l’Afrique occidentale française s’inspirait de l’architecture de la mosquée de Djenné au Mali.

Pour rendre l’événement plus vivant et attractif, des animations étaient proposées aux visiteurs. Les spectacles de danse constituaient l’une des attractions les plus prisées. Dans chaque section, des habitants des colonies donnaient vie aux villages reconstitués. Des artisans travaillaient sous les yeux du public, d’autres tenaient des stands de souvenirs. Bien que le parti pris de l’exposition de 1931 n’était plus de se moquer des coloniaux, comme ce put être le cas lors d’expositions coloniales antérieures, il s’agissait, malgré tout, d’exhiber des hommes et des femmes. Outre la France, qui avait prévu un pavillon pour chaque territoire de son empire colonial, de nombreux autres pays étaient représentés à cette manifestation (Belgique, Royaume-Uni, USA, Portugal, Danemark et Pays-Bas).

Réplique du temple d'Angkor pendant l'exposition internationale coloniale. Vue de nuit, collection-particulière (c)DR

Réplique du temple d’Angkor pendant l’exposition internationale coloniale.
Vue de nuit, collection-particulière (c)DR

On se doute qu’il ne fallait pas s’attendre à trouver dans un tel évènement une remise en cause de la colonisation. Au contraire, tout ce qui était montré l’était pour justifier la colonie, la renforcer et, bien sûr, rehausser le prestige des puissances coloniales. Les pans moins glorieux étaient en revanche passés sous silence. C’est ce que la contre-exposition intitulée « La vérité sur les colonies », à laquelle participèrent les surréalistes, parmi lesquels Louis Aragon, Paul Eluard ou André Breton, tenta de dénoncer. Ils ne furent que 5 000 à visiter cette contre-exposition qui était organisée au Parc des Buttes-Chaumont contre plus de 8 millions à l’exposition officielle.

Comme à l’accoutumée, il avait été d’abord question d’installer cet évènement dans l’Ouest parisien qui avait déjà accueilli tant et tant de manifestations d’ampleur, telles que les Expositions Universelles. Une fois à la tête de l’organisation, le maréchal Lyautey, celui-là même qui s’était illustré au Maroc et dont la devise, empruntée au poète anglais Shelley était : « La joie de l’âme est dans l’action. », choisit un tout autre emplacement : le Sud-Est parisien délaissé. Signe politique fort, il souhaite accompagner l’Exposition d’une grande modernisation urbaine :  « Nous allons nous planter au milieu de quartiers déshérités, où vit une population qui n’est guère accoutumée à voir le flot venir à elle. […] Je suis convaincu que l’exposition peut être un facteur de paix sociale dans cette région de Paris. ».

Le visage du quartier de l’ancienne porte de Picpus nommée pour l’occasion porte “d’orée”, parce que située à l’orée du bois de Vincennes, en est profondément remodelé : la ligne 8 du métro est prolongée, l’avenue Daumesnil est élargie, des immeubles au confort moderne sont construits sur les boulevards périphériques, enfin les baraquements du bidonville surnommé “la zone” sont progressivement démolis.

Les expositions coloniales étaient alors pratiquées dans de nombreux pays. La première eut lieu à Melbourne en 1866 et les trois suivantes se déroulèrent également en Australie jusqu’en 1876. Dès 1920 la construction de « notre » Palais est réclamée. En effet, les autres puissances coloniales européennes se sont déjà dotées de musées des colonies depuis quelques années : l’imperial institute de Londres, le Musée du Congo belge de Bruxelles (Tervuren) et l’institut colonial d’Amsterdam (Tropenmuseum). La France souhaite donc, en quelques sortes, combler son retard en se munissant à son tour d’un tel musée.

Salon ovale du Maréchal Lyautey ®Lorenzo EPPPD

Salon ovale du Maréchal Lyautey ®Lorenzo EPPPD

Pourtant, de premiers signes avant-coureurs de la future décolonisation commencent à apparaître, ce qui amènera le Maréchal Lyautey à se demander si « cette exposition est un testament ou un point de départ ? ». Entre les critiques formulées par de nombreuses personnalités et quelques hommes politiques, dont Léon Blum, et les revendications, voire les conflits qui commencent à émailler dans l’empire, la colonisation est sous tension. Il y eut notamment des soulèvements dans le Rif marocain entre 1921 et 1926 mais aussi l’insurrection du djebel (= montagne) Druze au Levant ou encore les grèves et émeutes en Indochine.

Les collections assemblées au sein du Palais, sous sa précédente appellation (Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie) ont rejoint le musée du Quai Branly. Selon ses statuts, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration a notamment pour mission de « rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le XIXème siècle ; contribuer ainsi à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France ».

À voir :

Le Palais de la Porte Dorée, pour découvrir Fashion Mix, « notre » expo du mois de décembre. Le Temple Bouddhique du Lac Daumesnil, dans les anciens pavillons du Cameroun et du Togo. Mount Vernon, la réplique de la maison de Georges Washington avait été construite pour l’exposition coloniale de 1931. Elle a été déplacée à Vaucresson depuis. Église Notre-Dame-des-Missions, chapelle des missions catholiques lors de l’exposition de 1931, elle a été déplacée à Épinay sur Seine. Du fait de sa diversité de styles, notamment sa façade mi annamite, mi Art Déco, elle est unique.