Les papys font de la resistance

GÉRIATRIE, ICÔNES, NOSTALGIE, JOUVENCE

2014-11-Leonard-Cohen-webExceptionnellement quatre coups de cœur, qui plus est de « papys », en novembre. Commençons par le doyen, du haut de ses 80 piges, ce canadien à voix de velours au son de laquelle, depuis Songs of Leonard Cohen, en 1967, des générations entières ont fusionné leurs fluides. Sortis fin septembre, ses Popular Problems ne bousculent certes pas l’édifice mais le consolident, au fil d’une production minimaliste, où chœurs blacks au féminin et chant intimiste se répondent. La continuité, un maître mot que Prince n’a jamais fait sien. Celui qui, mieux que tout autre, a su s’appliquer à lui-même l’adage « New Directions of music » de Miles Davis, désoriente une fois encore. Pas un, mais deux nouveaux albums pour autant de couleurs musicales.

Si par respect pour les conduits auditifs, l’impasse sera faite sur le rock boursouflé de Plectrum Electrum, la direction futuristic R&B empruntée pour Art Official Age mérite le détour. Cohérent dans son assemblage de titres, homogène dans sa production, c’est un véritable bain de jouvence que nous distille, à 56 ans, le plus grand génie pop en activité.

Quant à l’idole de ces dames, Bryan Ferry, il donne en novembre un digne successeur à son Olympia de 2010. Marquée par l’âge, sa voix de crooner agit paradoxalement comme un elixir de jouvence quand, accompagné de collaborateurs prestigieux (Nile Rodgers, Marcus Miller, Johnny Marr), le dandy revisite avec Avonmore les paysages sophistiqués d’Avalon (Roxy Music, 1982).

Pour ceux enfin, soucieux de repriser jeans déchirés et chemises de bucheron, pas sûr que le nouvel opus du guitariste chanteur de Sonic Youth, Thurston Moore, n’y incite tant continue de se consumer, sur The Best Day, la flamme d’un indie rock abrasif et aventureux. « Tue tes idoles ! », intimait Sonic Youth dès 1983. Drôle d’idée : les vieux pots ne font-ils pas les meilleures confitures ?