Niki de Saint Phalle

L’ART A LA CARABINE, NAPOLEON EN JUPONS, NANA POWER

 

Niki-de-Saint-Phalle-vive_lamour_ek« Rebelle », Niki de Saint Phalle (1930-2002) dit l’avoir toujours été, dès son enfance, passée à New York dans une famille stricte et bourgeoise où les conventions n’étaient pas une mince affaire, et pourtant… ce n’est qu’en 1994 qu’elle révèle dans un livre, Mon secret que cette enfance ne fut pas si tendre puisque brisée par l’inceste paternel. La grande exposition que présente le Grand Palais a décidé de faire comme l’artiste, en « oubliant » ce traumatisme et en cherchant ailleurs le moteur d’une trajectoire haute en couleurs. Revenue en Europe avec un poète américain qu’elle épouse à peine majeure, Niki de Saint Phalle commence à peindre, pas très bien, influencée par l’abstraction américaine et le surréalisme, réalisant des assemblages avec des armes, des objets en plastique, tout un attirail qui prend mieux formes quelques années plus tard avec ses monumentales Mariées, au début des années 1960. Femmes à la fois victimes et puissantes, elles sont moins connues du grand public que les célèbres Nanas, qui s’épanouissent et dansent dans une grande salle de l’exposition, en musique, tandis que sur un mur, un film montre Niki de Saint Phalle s’expliquer sur leur symbolique. Résolument engagée et politique, elle est vraiment l’une des premières artistes féminines à s’être imposée dans un monde d’hommes et ses Nanas sont « l’étendard sanglant » et joyeux de cette conquête. Engagée et novatrice, Niki de Saint Phalle l’est aussi quand elle commence en 1961 à tirer, à l’aide d’une carabine, sur ses œuvres, reliefs en plâtre dans lesquels sont dissimulées des poches de couleur qui se vident et achèvent l’œuvre… Effet garanti et sensation dans le monde de l’art des sixties qui commence à prendre au sérieux cette amazone qui forme avec le sculpteur suisse Jean Tinguely le couple le plus créatif de la décennie. Mais la date la plus importante est peut-être 1955, quand Niki découvre le parc Güell d’Antonio Gaudi à Barcelone : dès lors, elle rêve de réaliser un jour aussi son propre parc et l’exposition retrace le parcours qui de fontaines en sculptures monumentales l’amènera à réaliser son projet, le Jardin des Tarots, en Toscane, et de finir sa vie d’artiste en enchanteresse.

Quand : du 17 septembre 2014 au 2 février 2015.

 : Grand Palais, entrée Champs-Élysées, renseignements et achat des billets sur www.grandpalais.fr ou par téléphone au 01 44 13 17 17

En plus : le catalogue « interactif » de l’exposition, éditions RMN-Grand Palais, 368 pages, 50€, et, en DVD, le film passionnant et émouvant, Niki de Saint Phalle, le rêve d’architecte, éditions RMN-Grand Palais et France télévisions, 52 min, 19,95€.