Le Monfort Théâtre

Monfort Théâtre Parc Georges Brassens Octobre 2014

Nos abonnés Club sont conviés au spectacle « Savoir enfin qui nous buvons » le 20 octobre dans ce lieu original et de qualité que nous vous invitons tous à découvrir.

Avant de devenir un théâtre, le lieu qu’occupe le Monfort a successivement été consacré à la vigne, aux abattoirs, au marché aux chevaux, au cirque… Remontons le temps !

 

Le Monfort Théâtre, est un établissement culturel du XVème arrondissement mais sachez-le, auparavant, à cet endroit, ce n’était pas encore Paris mais une petite commune qui s’appelait Vaugirard et qui a compté jusqu’à 26 000 habitants avant son annexion par Paris en 1860.  Dès le XIIIème siècle, 300 habitants s’étaient installés à proximité des terres cultivées par les moines de l’Abbaye de Saint Germain des Prés à un endroit qu’on appelait « la vallée des étables ». Le prieur s’appelait alors Gérard de Moret et c’est en son honneur que ce lieu devint « le Val Gérard » puis « Vaugirard ». Dans le Paris d’aujourd’hui, la rue de Vaugirard, qui est pour mémoire la plus longue de la ville, tire son nom de l’ancienne rue principale du village de Vaugirard.

 

Au cours de la Révolution française, la créativité ne manquait pas, pour le meilleur (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme…), pour le pire (La Terreur…) mais aussi pour le rire. On pense bien évidemment au calendrier révolutionnaire avec ses noms de mois improbables ou encore, ce que l’on omet souvent, aux changements de noms de communes. C’est ainsi que Vaugirard fut « rebaptisée » Jean-Jacques-Rousseau. Comment résister au plaisir de se rappeler que Bourg-la-Reine devint Bourg-l’Égalité, Marly-le-Roi changea pour Marly-la-Machine, Saint Cloud prit le nom de La Montagne-Chérie sans oublier le Mont-Marat qui fut l’éphémère nom de la commune de Montmartre.

 

Sur cette petite commune pleine de jardins potagers, on cultivait des vignes et on fabriquait du vin. Le théâtre Monfort est d’ailleurs précisément situé sur le vignoble du lieu-dit « des morillons ». On voit encore aujourd’hui quelques pieds de vignes dans le Parc Georges Brassens qui est attenant au Théâtre. La commune de Vaugirard est une des quatre communes entièrement annexées par Paris (avec Belleville, Grenelle et La Villette) en 1860. Les vignes seront progressivement remplacées par des abattoirs.

 

Ils ouvrent en 1898 et sont divisés en deux parties, d’un côté on y abat des chevaux, des ânes et des mulets et de l’autre des bovins et des ovins. Il faut se rappeler qu’avant les récents scandales impliquant de grandes entreprises de l’agroalimentaire et du mobilier montable, on a longtemps consommé de la viande de cheval et on l’a même fait massivement à certains moments. Ainsi après la Guerre de 1870 et la Commune, était-elle distribuée aux populations en raison d’une pénurie de viande. On le faisait d’autant plus volontiers qu’on lui prêtait des vertus pour lutter contre la tuberculose et l’anémie.

 

Si on installe des abattoirs à cet endroit de la capitale, c’est tout simplement parce qu’il faut que le bruit et les odeurs dégagés par cette activité dérangent le moins possible les populations, donc, autant que cela se fasse en périphérie de la ville ! C’est aussi parce que le chemin de fer de la Petite Ceinture relie les abattoirs au reste de la ville et permet d’acheminer les bêtes. Il faut imaginer un ensemble de plusieurs bâtiments occupant plus de 25 000 mètres carrés, comprenant des écuries, des bergeries, de grands greniers… En complément un marché aux chevaux ouvre en 1907, sous la Halle de la rue Brancion qui abrite maintenant, en fin de semaine, un très beau marché aux livres et aux vieux papiers. Le marché aux chevaux était alors très important, pour approvisionner l’abattoir, certes, mais aussi tout simplement parce que ces derniers étaient, avec les mules et autres ânes, les principaux moyens de locomotion.

 

Entre 1976 et 1984, après que les abattoirs et la halle aient été fermés, le site est en travaux pour être transformé en jardin. Il prend le nom de parc Georges-Brassens. On y trouve d’ailleurs des vestiges de l’époque des abattoirs : le beffroi, point central du marché à la criée et les deux pavillons d’entrée accompagnés des statues de taureaux d’Isidore Bonheur (le frère de Rosa).

 

Monfort Théâtre Parc_Georges_BrassensL’installation du Monfort Théâtre sur le site remonte à 1979 quand Silvia Monfort vint y planter deux chapiteaux : l’un pour le cirque, l’autre pour le théâtre. Cette dernière, comédienne, metteur en scène, écrivain, naît en 1923 et meurt en 1991. Résistante, elle fut décorée de la Croix de Guerre par le Général de Gaulle et de la Bronze Star Medal par le Général Patton. Elle est connue pour ses rôles de tragédienne et pour son militantisme en faveur de la création, du cirque et d’un théâtre populaire. Elle participe au premier Festival d’Avignon. Au théâtre ou au cinéma, elle a joué avec Gérard Philippe, Jean Gabin, Bourvil, Georges Wilson, Jean Marais… Aux côtés de Jean Vilar, elle participe activement à l’aventure du TNP (théâtre national populaire), qui consiste à rendre le théâtre accessible à tous.

 

De 1972 à 1979, elle déplace dans différents quartiers de Paris le lieu de création qu’elle a créé et où elle propose des spectacles novateurs pluridisciplinaires. En parallèle, en 1974, elle met sur pied avec Alexis Grüss la première école de cirque et de mime en France. En 1979, elle s’installe sur les anciens abattoirs de Vaugirard. Pendant dix ans, le public y est accueilli sous chapiteau. Mais quand le vent s’engouffre sous la bâche, elle se met à claquer et perturbe l’audition. En 1986, elle demande à l’architecte Claude Parent de construire un théâtre en « dur » pour remédier à ce problème. Il lui donnera la forme d’une pyramide hexagonale de 23 mètres de haut donnant sur le parc Georges Brassens. Malheureusement, elle décède quelques mois avant la fin des travaux.

 

Depuis 2009, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, qui avaient créé avec 35 artistes la compagnie de nouveau cirque « Les Arts Sauts » qui se consacrait au trapèze volant, sont les nouveaux directeurs du théâtre. Ils modifient le nom du théâtre ainsi que de nombreux agencements. Leur griffe s’exprime surtout par une programmation pluridisciplinaire (théâtre, cirque contemporain, marionnette, danse, musique) et contemporaine. Le Monfort propose des spectacles créés par des artistes d’aujourd’hui, c’est à dire des artistes qui se saisissent du présent pour poser un regard sur le monde.

À voir

Le Monfort Théâtre, une programmation riche et de qualité à découvrir lors de la Soirée Club d’octobre ou en profitant d’un tarif partenaire au cours de l’année, 106 rue Brancion Paris XVème. Marché du livre ancien et d’occasion, toute l’année, les samedis et dimanches de 9h à 18h, 104 rue Brancion Paris XVème.