Le Météorologue

GOULAG, TOURMENTE, ESPERANCE BRISEE

De : Olivier Rolin2014-10-Olivier-Rolin-© Hermance-Triay-c-format-mag

Le Seuil

Vangengheim, a été météorologue. En 1930, il avait créé le « Bureau du temps ». Il vivait à Moscou avec son épouse et leur fille quand, en janvier 1934, il s’est trouvé happé dans l’engrenage mortel. D’abord il est forcé d’avouer un obscur complot dont il est bien sûr innocent. On le condamne et l’envoie aux îles Solovki, non loin du cercle polaire. Les conditions de vie de ce premier goulag étaient encore supportables à l’époque. Les détenus, principalement des bourgeois, aristocrates, intellectuels, grands savants et professeurs, ayant eu le droit d’apporter des livres, cet ancien monastère en contenait en effet trente mille, dont des romans étrangers, des ouvrages scientifiques, des textes russes… Mais Vangengheim s’ennuie et écrit des lettres à sa femme et à sa fille Eléa. A l’une il raconte ses journées d’attente, le sentiment de ne servir à rien, tandis que l’URSS tente des expériences scientifiques, se lance à la conquête du pôle et de l’espace. A sa fille, il envoie dessins et devinettes. En 1937, il est transféré sur le continent et puni de dix ans d’emprisonnement « sans droit de correspondance », ce qui signifie tout simplement qu’il est exécuté. Soixante-dix ans plus tard, on retrouvera la trace des charniers dans lesquels ses compagnons et lui ont péri. Entre-temps, en 1956, il aura été réhabilité. Mais l’Etat soviétique se sera gardé de révéler sa fin : « la formidable machine à tuer était aussi une machine à effacer la mort ».

L’histoire du météorologue est exemplaire pour les raisons qu’on a dites – un homme moyen est pris dans la tourmente – mais aussi parce qu’elle montre une époque furieuse, celle de la terreur, qui suit une « violente espérance ». L’écrivain se sent un devoir de fidélité envers les victimes, et son écriture en témoigne. Elle est précise, méticuleuse. Il use parfois de l’ironie. Ecrivant en enquêteur, il multiplie les questions, note le doute, l’incertitude. Il le fait avec tout son amour pour l’espace de ce pays sans fin, et pour son Histoire si douloureuse, en partage.