Les cartes du pouvoir

Crédits : Photo Lot

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CAPTIVANT, HALETANT, FEROCE ET HYPER REALISTE

Quand le théâtre s’empare du cinéma pour mettre en scène des personnages étrangement proches du monde réel, dépeints avec une plume aiguisée, trempée dans de l’acide par l’un des plus talentueux scénaristes américains, le résultat ne peut qu’être fort séduisant. Il se trouve que pour monter ce texte boomerang, le jeune metteur en scène Ladislas Chollat, entouré pour l’adaptation par Anne Jeanvoine et Francis Lombrail, a su à merveille choisir une brochette d’acteurs époustouflants de vérité, jamais caricaturaux, pour des rôles qui exigent endurance, sincérité et pugnacité. On ne vous dévoilera pas l’histoire, riche en rebondissements, drames et subversions. On dira juste que l’auteur s’est directement inspiré des primaires démocrates pour la présidence américaine où politiques, journalistes et responsables de campagne se côtoient, boivent le même whisky-coca, prennent les mêmes avions à travers les tempêtes de neige et couchent avec les mêmes stagiaires ravissantes. L’idéal d’une société meilleure est au coude à coude avec celui de flinguer son alter égo en politique, surtout lorsqu’il prétend vous torpiller dans les sondages. Et la loyauté des amis, tricotée par des mois de galère et de couleuvres avalées, peut du jour au lendemain se réduire à une peau de chagrin lorsque l’égo, flatté, sent poindre une ambition démesurée.

Dans une scénographie somptueusement contemporaine, faite de projections vidéos qui dansent sur une bande son au rythme enlevé, Thierry Frémont incarne un responsable de campagne rompu aux joutes électorales et inoxydable, face à son jeune poulain, Raphaël Personnaz, prince des médias, brillant et séducteur en diable. Les deux comédiens, chacun dans leur registre, sont magnifiques de générosité et de sincérité. Dans le rôle d’une journaliste du Time, Elodie Navarre demeure parfaite, tandis que Francis Lombrail, calculateur et pervers, incarne celui qui fait tourner les têtes. Avec une distribution en or, la pièce déroule son rythme haletant, alors que derrière ce paysage de villes américaines se profile les campagnes politiques et les coups bas de ceux qui en font profession chez nous. Avec plus ou moins d’idéal, beaucoup d’appétit mais peu de sentiments vrais.

Avec : Thierry Frémont, Raphaël Personnaz, Elodie Navarre, Roxane Duran, Francis Lombrail, Julien Personnaz, Adel Jemai, Jeoffrey Bourdenet
De : Beau Willimon. Mise en scène : Ladislas Chollat.
Où : Théâtre Herbertot78bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Quand : du mardi au samedi à 21h, dimanche à 18h