François Truffaut

François Truffaut lors de la promotion de Baisers volés, 1968, Photographie Pierre Zucca © Succession Pierre Zucca

François Truffaut lors de la promotion de Baisers volés, 1968, Photographie Pierre Zucca © Succession Pierre Zucca

Octobre 2014

On commémorera le vingtième anniversaire de la mort de François Truffaut le 21 octobre et la Cinémathèque lui rend hommage avec une magnifique exposition. Une présentation d’un des grands maîtres du cinéma français, et à travers lui de la nouvelle vague, ainsi qu’une analyse de son œuvre qui a su allier reconnaissance populaire et artistique. En complément avec notre rubrique Citations qui lui est également consacrée, vous serez ainsi parfaitement armé pour profiter de notre activité culturelle du mois à la Cinémathèque…

François Truffaut (6 février 1932 à Paris – 21 octobre 1984 à Neuilly) est certainement un des cinéastes français les plus connus du XXème siècle. Son œuvre est associée au courant avant-gardiste de la « Nouvelle Vague », tout en bénéficiant d’une reconnaissance populaire croissante. En ce sens, il est une des figures tutélaires d’un cinéma français à la fois indépendant sur le plan artistique et autonome sur le plan financier. Réalisateur prolifique, il met en scène 21 longs métrages en 25 ans, entre 1959 et 1984. Passé à la réalisation après été fervent critique de cinéma, il fut scénariste, mais aussi producteur (avec sa société de production « Les Films du Carrosse ») et enfin volontiers acteur, dans ses propres films ou ceux des autres (Steven Spielberg, Rencontres du troisième type, 1977). Sa renommée internationale est consacrée par l’obtention d’un oscar en 1973 pour La nuit américaine.

Jean-Pierre Léaud dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, 1959. Photographie André Dino © André Dino / DR.

Jean-Pierre Léaud dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, 1959. Photographie André Dino © André Dino / DR.

La biographie de François Truffaut pèse étroitement sur la nature et la forme de son œuvre cinématographique. Ainsi les thèmes abordés dans ses films suivent le fil de sa vie et s’y entremêlent sans limite. En 1959, il tire de son expérience d’enfant illégitime, reconnu par un homme qui n’est pas son père, une œuvre-manifeste Les 400 coups, qui fut d’emblée reconnut à Cannes comme un chef d’œuvre (Prix de la meilleure mise en scène en 1959). Il y montre  l’enfance contrariée et l’adolescence réprimée d’Antoine Doinel, double avoué de lui-même, et incarné à l’écran par Jean-Pierre Léaud qui sera longtemps son acteur fétiche.

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Claude Jade et Jean Pierre Léaud dans Domicile conjugal de François Truffaut, 1970. Photographie Pierre Zucca © Succession Pierre Zucca

Scénariste du A bout de souffle de Jean-Luc Goddard, il est aussi la figure de proue de la Nouvelle Vague. Les « aventures d’Antoine Doinel », qu’il va suivre du mariage jusqu’au divorce, vont le poursuivre durant vingt ans : après Baisers volés (1967) et Domicile conjugal (1968) il clôt avec L’amour en fuite (1979) un cycle initiatique qui suit une sorte de fibre romanesque très inspirée par Balzac. Tout en consacrant une part essentielle de ses films aux jeux de l’amour et du hasard, entre marivaudage et romantisme, entre adultère et vie en couple(s) (Jules et Jim, La Peau douce, Les deux anglaises et le continent, L’homme qui aimait les femmes, La femme d’à côté), il ne dédaigne pas le genre du polar (Tirez sur le pianiste, La mariée était en noir, La sirène du Mississipi, Vivement dimanche !). La Nuit américaine (1973) et Le Dernier métro (1980), consacré par les récompenses et le public, offrent aussi deux mises en abyme de la création cinématographique et théâtrale. Il meurt en pleine activité, d’une tumeur cancéreuse au cerveau en 1984.

Entre œuvres populaires et « d’auteur », ses films sont toujours arc-boutés sur un récit plus ou moins dramatique. Tout d’abord il faut bien admettre qu’il a exploré de très nombreux genres, depuis la Science-fiction (Fahrenheit 451) jusqu’à la comédie (Une belle fille comme moi). Il puise volontiers la matière de ses scénarii dans des adaptations littéraires libres, d’écrivains pas forcément très connus, comme Henri-Pierre Roché (Jules et Jim).

En fait Truffaut a été obsédé par la question du rapport de complémentarité entre le cinéma et la vie, entre le rêve et la réalité. Cette question envahissante est proposée à ses spectateurs comme une réflexion partagée. Truffaut cherche toujours à mettre en rêve la vie en mettant du réel dans le cinéma. Il reste donc toujours « réaliste », au sens où ses personnages sont dotés d’un puissant pouvoir d’identification.

Toujours pris dans « le tourbillon de la vie », porté en chanson-manifeste dans Jules et Jim, hors de toute réduction sociologique et psychologique, les « caractères » de Truffaut sont des individus à la fois inquiets et heureux, qui tendent à un très large public un miroir fidèle de la crudité des passions et des joies immédiates de la vie.

8Truffaut voue une admiration sans limite à Jean Renoir dont il dira qu’il est le plus grand cinéaste du monde. Il rendait hommage à ses pairs en pratiquant leur cinéma. Ainsi, dès Les 400 coups, il a recours, en l’honneur du cinéaste anglais, à ce que l’on appelle une présence hitchcockienne en apparaissant en personne dans la séquence de la fête foraine. Il reprendra d’ailleurs dans l’ouvrage qu’il consacre à Hitchcock la citation de Cocteau à propos de Camus : « Son oeuvre continuait à vivre comme les montres au poignet des soldats morts ». Dans le même ordre d’idées, dans Domicile conjugal, il met en scène une courte saynète où Antoine Doinel, son personnage, croise M. Hulot, le personnage inventé par Jacques Tati.

 

 

À voir :

C_TRUFFAUT_AFF_40X60_04.inddFrançois Truffaut, l’exposition évènement à la Cinémathèque Française (du 8 octobre au 25 janvier), 51 rue de Bercy dans le XIIème. Le pari de l’exposition est d’aller au plus près de l’univers intime du cinéaste. Et, en plus, on ne se lasse pas du magnifique bâtiment de Franck Gehry qui abrite la Cinémathèque… Rétrospective intégrale, à la Cinémathèque également, pendant la durée de l’exposition, programme des projections sur www.cinematheque.fr. Coffret François Truffaut, l’intégrale des films, en DVD (TF1 Vidéo et MK2), disponible depuis le 1er octobre.

À lire :

Tout ou presque dans le Dictionnaire Truffaut, sous la direction d’Antoine de Baecque et Arnaud Guigue (La Martinière). Une biographie-fleuve qui se lit comme un roman ou se regarde comme un film de Truffaut : François Truffaut, d’Antoine de Baecque et Serge Toubiana (en poche).

À écouter :

Le monde musical de François Truffaut, coffret de 5 CD reprenant l’ensemble des bandes originales de ses films dont les mythiques morceaux de Jean Constantin pour Les 400 coups, ou encore Le tourbillon chanté par Jeanne Moreau, L’amour en fuite d’Alain Souchon…