Viva

INTELLIGENT, ÉLÉGANT, VIVANT, ÉCLAIRANT

De : Patrick Deville

Le Seuil

Mexique, 1937. Le sort de deux hommes se joue dans ce pays havre pour les fugitifs. Le premier, c’est Léon Trotsky. Il a débarqué à Tampico, poursuivi par les sbires de Staline. Le second veut écrire une œuvre totale, et il met tout en jeu pour ce faire, c’est Malcolm Lowry. Le nouveau roman de Patrick Deville les met en parallèle, parmi leurs contemporains : Rivera et Frida Kahlo, Traven ou Artaud. Certains vivent depuis toujours à Mexico, y ont leur bande. D’autres passent comme des ombres à peine reconnaissables.

Deville met en relief l’Histoire comme la géographie. Et Viva, qui rime avec Pura Vida ou Equatoria est le nouveau chapitre de ce vaste roman mondial écrit au fil de ses pérégrinations et enquêtes. Trotsky et Lowry ont construit leur vie comme une fiction. Mais une fiction ancrée dans un siècle furieux et tragique. Or c’est précisément à l’instant de la tragédie que le romancier les saisit. Trotsky d’abord. Le goût des livres ne l’a jamais quitté. Jeune homme, il préférait contempler la nature ou lire, que se mêler aux débats. En 1939, quand la guerre d’Espagne se termine, beaucoup de combattants, ses fidèles comme ses ennemis jurés se réfugient au Mexique. Les staliniens le tueront. Le parcours de Lowry est bien différent : l’auteur d’Au dessous du volcan se situe d’emblée hors de l’Histoire ; dans sa cabane de Vancouver, il reste indifférent au déchaînement de la guerre. Deville porte ce roman depuis de nombreuses années. Il l’a commencé au Mexique, l’a interrompu pour écrire d’autres romans, et il a dialogué avec Maurice Nadeau, qui pouvait l’éclairer sur Trotsky et Lowry. On voit ces deux hommes de générations différentes mettre en acte la phrase de Walter Benjamin citée en exergue de Viva : « Il existe un rendez-vous tacite entre les générations passées et la nôtre. Nous avons été attendus sur la terre. ». Le rendez-vous n’est pas terminé. Et nous attendons Deville au prochain roman, ailleurs sur la planète.