Le musée des Arts et Métiers

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Nos abonnés Découverte et Club vont pouvoir visiter l’exposition Culture TV au Musée des Arts et Métiers. Coup de projecteur sur ce bâtiment et cette institution doublement dans l’actualité puisque le Conservatoire National des Arts et Métiers célèbrera ses 220 ans le 10 octobre. 

En 1794, l’abbé Henri Grégoire (que l’on retrouve au centre et au premier plan du tableau de David ci-dessus, Le Serment du Jeu de Paume) fonde le Conservatoire des arts et métiers. Les objectifs de cette institution sont de fédérer les savoirs techniques pour « perfectionner l’industrie nationale » et de réunir les collections qui serviront de modèle, de référence et d’incitation aux inventeurs, chercheurs et curieux de toute condition sociale. Installé à Paris dans les murs de l’ancien prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs, ce dépôt des inventions neuves et utiles devient un Musée en 1802.

Cet ensemble architectural considérable a été affecté au Conservatoire en 1798. Le musée occupe les corps de bâtiments où étaient logés les moines de l’ancienne communauté religieuse ainsi que l’ancienne église prieurale. L’ensemble a été largement réaménagé sous la Monarchie de Juillet et sous le Second Empire. Un décor néogothique habille ainsi la nef et le chœur de l’ancienne église.

musee-arts-et-metiers-escalier-honneur-clement-ader-uneL’établissement religieux d’origine, datant de l’époque mérovingienne, fut installé en prieuré par Henri Ier de France en 1060. Il s’agit d’un des plus anciens lieux de France consacrés à l’étude et utilisé sans discontinuité à cet effet depuis sa création. En effet le prieuré, qui est aujourd’hui la bibliothèque du CNAM, avait été confié à l’abbé de Cluny en 1079.

Sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce lieu de formation qui concilie l’art et la science, la pédagogie et l’émotion, a fait l’objet d’une rénovation dans les années 1990. Les espaces d’exposition parisiens totalement réaménagés offrent un parcours dans l’histoire et l’actualité des techniques. Répartie entre l’exposition permanente à Paris et les réserves à Saint-Denis, la collection est un patrimoine unique au monde. 80 000 objets de l’Antiquité à l’époque contemporaine et 20 000 dessins techniques sont les témoins de l’ingéniosité des hommes et de l’esprit d’aventure des pionniers de l’ère industrielle.

Le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), dont dépend le musée, est créé, lui, le 20 octobre 1794 (date que les incollables du calendrier révolutionnaire auront reconnu comme le 8 vendémiaire de l’an III) après que l’abbé Grégoire ait remis à la Convention Nationale un Rapport sur l’établissement d’un conservatoire des arts et métiers. Une des ambitions du Conservatoire, tel que voulu par son concepteur est d’« éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas le moyen de connaître ». Tout à ce qu’on pourrait qualifier de « prépositivisme », l’abbé Grégoire énonce d’ailleurs en disant « Entre les peuples comme parmi les individus, le plus industrieux sera toujours le plus libre. » ce qui pourrait être comme les prémices de la révolution industrielle.

Nous ne pouvons résister à la tentation de citer un extrait plus long mais si contemporain du rapport en question, dont nous vous recommandons d’ailleurs la lecture (il ne fait que 20 pages) :Musée-CNAM-La_chapelle_du_Musée_des_Arts_et_Métiers « C’est avec surprise qu’on voit encore des gens prétendre que le perfectionnement de l’industrie et la simplification de la main d’œuvre entraînent des dangers, parce que, dit-on, ils ôtent les moyens d’existence à beaucoup d’ouvriers. Ainsi raisonnoient les copistes, lorsque l’imprimerie fut inventée ; ainsi raisonnoient les bateliers de Londres, qui vouloient s’insurger lorsqu’on bâtit le pont de Westminster. Il n’y a que quatre ans encore qu’au Havre et à Rouen on étoit obligé de cacher les machines à filer le coton. Quand une invention nouvelle peut à l’instant paralyser beaucoup d’ouvriers, la sollicitude paternelle des législateurs doit prendre des moyens pour les soustraire à l’indigence et empêcher qu’il n’en résulte une secousse ; mais au fond l’objection est puérile, sans quoi il faudroit briser les métiers à bras, les machines à mouliner la soie, et tous les chefs d’œuvre qu’enfanta l’industrie pour le bonheur de la société. ».

Aujourd’hui le CNAM a trois missions : la formation tout au long de la vie, la recherche technologique et l’innovation et enfin la diffusion de la culture scientifique et technique. Sa devise est « omnes docet ubique », qui signifie « il enseigne à tous et partout ». Il est implanté dans plus de 150 villes en France et à l’étranger et compte plus de 100 000 inscrits, dont 10 % à l’étranger. Parmi ses nombreux anciens élèves célèbres, citons Louis Pasteur, Mohammed Dionne (premier ministre actuel du Sénégal), Jean Ferrat, Sadi Carnot ou Paul Doumer (ancien Président de la République).

À lire :

Musée_des_Arts_et_Métiers_7,_ParisLe pendule de Foucault, Umberto Eco. L’abbé Grégoire et la République des savants, Bernard Plongeron (Éditions du CTHS).

Sur le net :

www.cnam.fr, pour découvrir l’ensemble des formations du CNAM. www.gallica.bnf.fr, pour découvrir le texte intéressant, facile à lire et ô combien contemporain du Rapport sur l’établissement d’un conservatoire des arts et métiers par l’abbé Grégoire.