Lese Majesty – Shabazz Palaces

SOLAIRE, COOL, EXPÉRIMENTAL, HIP HOP2014 09 shabazz-palaces

Dans la torpeur de l’été finissant, tandis qu’agonisent matelas, masques et tubas, et que déjà s’enlacent souvenirs et soupirs, une voix s’élève de derrière les pins et les acacias. Cette tonalité aux accents décalés, ce phrasé neutre, neurasthénique diront certains, expédient l’auditeur mélomane vingt ans en arrière, à l’orée des années fac, sans qu’il ne parvienne à rembobiner le fil de la faille spatio temporelle qui l’aspire. Heureusement, Google arrive sans se presser, s-h-a-b-a-a-z-p-a-l-a-c-e-s (ça s’écrit bien ainsi ?)… Bon sang, mais c’est bien sûr ! En plein âge d’or hip hop testostéroné (Wu-Tang-Clan ou NTM, selon sa position atlantique) éclot dans un Brooklyn que tatoos, barbe et pignons fixes n’ont pas encore colonisé, un trio d’alchimiste. Digable Planet creuse avec succès (leur premier disque, Reachin’ (A New Refutation of Time and Space), sorti en 1993, sera disque d’or) la veine ligne claire du rap US, en petits frères branques des (alors) géants De La Soul et A Tribe Called Quest. Un second album, meilleur encore, suivra l’année d’après et puis… Silence. Jusqu’à cette apparition miraculeuse de la rentrée 2014 ? Pas tout à fait. En creusant de deux clics, l’on réalise qu’un premier disque de Shabaaz Palaces, le nouveau groupe d’Ishmael Butler alias Palaceer Lazaro, s’est distingué en 2011. Installé à Seattle, il officie désormais en duo aux côtés de Tendai Baba Maraire, le fils du compositeur zimbabwéen Dumisani Maraire. Spatiales et solaires (Sun Ra sort de corps), digitales et organiques, sensibles et soulful, les expérimentations de ce deuxième album de Shabaaz Palaces hypnotisent. Et emporte l’adhésion, au moment où, en cette rentrée, la critique s’emballe pour le bien nommé LP1, disque de R&B glacial (le versant lunaire) et 2.0 qui voit la jeune anglaise Fka Twigs gna-gna-gnaïser ses précieuses vocalises sur une électro décharnée, entre Aphex Twin, Bjork et dubstep. « The rebirth of cool » inventaient les anglais de l’acid-jazz en 1994. Vingt ans plus tard, c’est à Seattle et non plus à Londres que le cool renaît.

Lese Majesty
De : Shabazz Palaces