Martial Raysse, Rétrospective 1960-2014

Martial RayssePOP, ESTIVAL, GÉNIAL

Claude Pompidou l’adorait, les collectionneurs d’aujourd’hui aussi, François Pinault en tête, et les éditeurs de livres comme de cartes postales ne se sont jamais lassés de ses « icônes », et en particulier de la Grande Odalisque d’Ingres qu’il a totalement relookée, peau verte sur fond orange et clin d’œil ravageur (Made in Japan – La grande odalisque, 1964). Le nom de Martial Raysse n’est peut-être pas si connu du grand public, mais ses œuvres sont dans l’imaginaire collectif depuis des décennies, y compris dans nos villes, de la jeune femme en néon qui clignote sur le mur du MK2 quai de Seine, à Paris, au crocodile qui se baigne dans la fontaine de la place du marché, à Nîmes. Le Centre Pompidou consacre une magnifique rétrospective à cet artiste singulier, né près de Nice en 1936, qui fut l’un des artistes les plus inventifs des années 1960, notamment au sein du groupe des « Nouveaux réalistes » qui s’était forgé à Nice, comme une réponse française au Pop art anglo-saxon. Cherchant l’inspiration dans les rayons de Prisunic et dans les magazines, Martial Raysse n’en a pas moins commencé sa carrière de façon fulgurante en croisant cette esthétique « de mauvais goût » avec les maîtres du passé, produisant une série de starlettes bariolées et en route pour la baie des anges, avec chapeaux, parasols et fleurs artificielles. Cette première « période » de l’artiste est éblouissante de beauté, d’originalité, mais aussi d’humour et de poésie, et elle contraste avec les œuvres que Martial Raysse réalise à partir du début des années 1970, tournant résolument et brutalement le dos à ses muses azuréennes. Des mythologies de la société de consommation, il passe alors à celles du passé, peignant des scènes qui rappellent parfois Poussin, se lançant dans d’immenses compositions dignes des grandes galeries des musées. On lui a beaucoup reproché ce tournant, lui l’a totalement assumé, et l’exposition offre à tous les visiteurs la chance de se forger une opinion et de suivre le parcours de cet artiste hors du commun.

Martial Raysse, Rétrospective 1960-2014, au Centre Georges Pompidou, jusqu’au 22 septembre