Les fiancés de Loches

LFDL-9883DRÔLE, GONFLÉ, BURLESQUE, TERRIBLEMENT PARISIEN

On dit souvent que les artistes français ne valent rien en comédie musicale, que les comédiens ne savent ni chanter et encore moins danser en comparaison des Anglais ou des Américains. Comparaison n’est pas raison et voici un spectacle formidable concocté avec beaucoup de savoir-faire et de talents, ceux d’Hervé Devolder et de Jacques Mougenot qui, l’un par la mise en scène et la composition musicale, l’autre par l’adaptation littéraire, ont réussi un sans-faute pétillant comme du champagne. Il faut dire qu’ils se sont entourés d’une joyeuse bande d’artistes polyvalents, neuf comédiens chanteurs et quatre musiciens qui mettent littéralement le feu au plateau. L’auteur de cette comédie de jeunesse, Georges Feydeau, y sème déjà tous les ingrédients et les thèmes qui seront développés dans ses pièces majeures. L’histoire est celle de trois célibataires originaires de Loches, sous-préfecture d’Indre et Loire, débarquant à Paris pour tenter de trouver leur moitié dans une agence matrimoniale. Or, l’agence matrimoniale a été remplacée par une agence de placement des domestiques. Quiproquos, bourdes, situations absurdes, délires délicieusement anarchiques, la carte postale parisienne de la Belle Epoque prend soudainement vie dans des décors légers et colorés de Jean-Michel Adam et des costumes superbes de Jean-Daniel Vuillermoz. En compagnie de cet apothicaire quadragénaire, de sa veille fille de sœur et du frangin migraineux, on passe d’une maison bourgeoise au Louvre hydrothérapique, un asile d’aliénés traités dans des baignoires. Les refrains s’entonnent avec la bourrée auvergnate et les dialogues de Feydeau sont rythmés comme du rap. On ne s’ennuie pas une seconde et sans tête d’affiche, sans vulgarité, le talent et la sincérité de tous ces artistes nous font passer, aux plus jeunes comme aux plus âgés, une réjouissante soirée.

Les fiancés de Loches, de Feydeau, mis en scène et en musique par Hervé Devolder et Jacques Mougenot, au Théâtre du Palais Royal jusqu’au 6 septembre.