La Guerre 14-18 en chansons

Juillet-Août 20141GM chansons explosion

La Der des Ders commence le 3 août 1914 par la déclaration de guerre de l’Empire allemand à la France. Nous vous en proposons une approche décalée à travers le prisme des chansons. Celles de la Première Guerre mondiale résonnent comme des chroniques d’une inestimable valeur historique. Elles semblent se répondre les unes aux autres pour témoigner des différents aspects du conflit et de leur impact sur l’ensemble de la société française.

Entre cocarde et révolte, humanisme et propagande, désespoir et liesse populaire, les chansons de la Grande guerre témoignent des différents actes du drame et de leur impact sur toute une société. Dès le début des hostilités jusqu’à l’armistice – et bien au delà – la première guerre mondiale aura suscité des milliers de chansons. Les chansons du début du conflit, dont on pense qu’il sera de courte durée, s’inscrivent dans la tradition des chansons revanchardes, genre qui connut un immense succès au café-concert dès 1871, suite à la défaite de Sedan et à l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne. Outrancières et manichéennes à souhait, elles opposent l’héroïsme des combattants français à la barbarie d’un ennemi assoiffé de sang. La symbolique y est primaire et les auteurs rivalisent de métaphores qui prêteraient à sourire aujourd’hui…

Ce répertoire propagandiste restera virulent tout au long des quatre années de guerre. Mais au rêve de victoire éclair succède le cauchemar d’une guerre de position qui semble ne jamais devoir finir. Dès lors, la palette des auteurs va s’élargir pour aborder chacune des facettes du conflit, allant de la chronique historique (chacune des grandes batailles a suscité de nombreuses chansons) à la chronique sociale : le quotidien des poilus, celui des familles…

mémorial de verdun

Il convient de souligner que le ton de ces chansons n’est pas toujours, loin s’en faut, grave ou mélodramatique. L’humour y est souvent de mise, voulu comme « antidote » à l’angoisse et au désarroi ambiants. Sérieuse ou comique, chacune d’elle a fait l’objet d’un examen méticuleux de la part d’Anastasie (surnom « affectueux » donné à la censure) avant sa mise en circulation. Voilà qui explique la tonalité consensuelle des chansons ayant fait l’objet d’une édition au cours de la première guerre mondiale.

Il n’en va pas toujours de même pour les chansons écrites par les poilus eux-mêmes dans les tranchées. Dès 1914, beaucoup d’entre elles circuleront sous le manteau et ne seront chantées qu’entre les hommes de troupes. Des chansons résolument contestataires, prônant le refus de la guerre ou, du moins, des conditions inhumaines dans lesquelles elle est pratiquée. Ce vent de contestation redoublera au cours des combats du Chemin des Dames, lors de l’offensive Nivelle en avril 1917, émaillée d’un certain nombre de refus collectifs d’obéissance. Une chanson anonyme témoigne de l’état d’esprit de ces « mutins de 1917 » et constitue un élément central dans la mémoire de la Grande guerre. On la connaît sous le nom de Chanson de Craonne.

En 1914, les techniques d’enregistrement n’en sont déjà plus à leurs balbutiements. Le disque (ou cylindre, puisque les deux formats cohabitent à l’époque) constituera un aide-mémoire précieux et la captation du son – comme l’avait été celle de l’image pour la Commune – un élément totalement nouveau par rapport aux précédentes grandes pages de l’histoire. Mais, pour des raisons évidentes, l’industrie phonographique va fonctionner au ralenti pendant ces quatre années. Ce n’est, le plus souvent, qu’après la guerre que les artistes enregistrent les chansons qu’ils ont chantées sur scène au cours de la période. C’est le cas pour La Madelon, autre chanson emblématique de la Grande guerre, qui n’est gravée qu’en 1919 par son créateur Charles-Joseph Pasquier, dit « Bach ». La Madelon fait désormais partie du folklore français, elle est aussi connue, sans doute, qu’Au clair de la lune.

guerre 14-18

La pérennité de La Chanson de Craonne passe, quant à elle, par les rassemblements pacifistes où on l’entonne encore souvent, en tant que classique du genre. Deux chansons aux antipodes l’une de l’autre, mais qui, toutes deux ont résisté à l’épreuve du temps, devenant objets mémoriels et, pour ainsi dire, les « deux mémoires » de cette guerre. La Madelon est l’œuvre de professionnels, Camille Robert pour la musique et Louis Bousquet pour les paroles. La Chanson de Craonne restera à jamais anonyme. Une légende veut que l’Etat promettait une très forte récompense et la démobilisation immédiate à quiconque permettrait d’en identifier les auteurs. Rappelons que toute forme de défaitisme en temps de guerre était passible du peloton d’exécution.

Comme la plupart des chansons de tranchées, elle est écrite sur l’air d’un grand succès de l’époque, Bonsoir Mamour, musique de Charles Sablon. Ses paroles sont, à l’évidence, une création collective. Bach créa La Madelon avant le début des hostilités, au début de l’année 1914. Elle n’eut aucun succès devant un public majoritairement civil, mais fut adoptée d’emblée par les poilus, tant elle semblait avoir été écrite pour eux. Les paroles de la Chanson de Craonne ont été recueillies par Paul Vaillant-Couturier, qui les publie dans son livre La guerre des soldats, en 1919. Elle fait pour la première fois l’objet d’un enregistrement sur disque en… 1963. Mais restera interdite de diffusion jusqu’à l’année… 1974.

Un siècle plus tard – ou presque – internet et deux clics de souris vous donnent à entendre l’une comme l’autre. Un peu comme une régurgitation virtuelle de l’histoire, en somme.

Quelques idées de loisirs :

A écouter :

La Grande guerre, 1914-1918, Frémeaux et associés. Trois CD de chansons, documents et témoignages de poilus.

A voir :

Mémorial de Verdun, Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, Historial de la Grande Guerre de Péronne, Musée du Poilu de Comartin, Mémorial de Dormans, Mémorial du chemin des Dames.

A lire :

Au-revoir là-haut, P. Lemaître (Albin Michel), Goncourt 2013. Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, L. Barthas (La Découverte). Paroles de Poilus – Lettres et carnets du front, (Editions 84). La main coupée, B. Cendrars (en poche). Ceux de 14, M. Genevoix (en poche). Les Croix de bois, R. Dorgelès (en poche). 14, J. Echenoz (Minuit)