Boyhood

JUSTE, ÉMOUVANT, NOVATEUR, DRÔLEBoyhood

De : Richard Linklater. Avec : Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke

Ce n’est pas vraiment une nouvelle que d’affirmer que Richard Linklater aime les projets qui s’étalent dans la durée. C’est un peu ce qu’il avait fait avec la trilogie des « Before » : Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight. Dans ces trois films, il suivait la relation amoureuse sur 18 ans d’un couple formé par Ethan Hawke et Julie Delpy, un film tous les neufs ans. Une épopée anti-spectaculaire émouvante sur les fondements de la relation. Mais dans Boyhood, le réalisateur fait quelque chose d’encore plus fou : réaliser un film sur 12 ans. Le tournage a débuté à l’été 2002 pour finir en octobre 2013 en filmant à peine quelques jours par an. Le film raconte la vie d’un garçon, Mason Jr, au Texas, de ses six à sa majorité. Ses parents sont divorcés et il va grandir en voyant ses parents se remarier plus ou moins heureusement, en faisant lui-même l’expérience de la vie via l’amour mais aussi les amitiés et sa propre famille. Encore une fois, Linklater ne cherche vraiment pas à nous épater ou à taper dans l’œil avec des scènes particulièrement folles qui relaterait les grands moments de la vie d’un jeune garçon. Au contraire, le cinéaste filme les à-côtés, les « ce qu’on ne montre pas » : le quotidien. Et cette vie qui défile devant nos yeux, c’est du jamais vu au cinéma car les comédiens sont tous les mêmes sur 12 ans. Et c’est bien ça qui est spectaculaire. Si la série télé nous a habitué à nous montrer des acteurs qui vieillissent au fur et à mesure des saisons, nous donnant l’impression de grandir avec eux, le cinéma lui ne l’avait jamais fait. Et ici, en 2h45, Richard Linklater parvient à nous faire ressentir des émotions totalement inédites dans la salle obscure comme une certaine nostalgie du temps qui passe. Ainsi quand Mason Jr en vient  à passer son bac (ou l’équivalent américain), on se surprend à penser « ohlàlà mais je l’ai connu, il était tout petit comme ça ». Oui, Linklater parvient à nous filer un coup de vieux sans qu’on ait à bouger de notre siège.