Œuvres complètes de Marguerite Duras

ENVOÛTANT, PERTURBANT, PASSIONNÉ, SINGULIER

L’été 80, Les yeux verts, L’homme Atlantique, mais aussi La douleur, et l’Amant. Oui, vous connaissez cette écriture si singulière : c’est celle de Marguerite Duras. La Pléiade accueille son œuvre ; les deux derniers tomes viennent de paraître, accompagnés d’un bel album qui raconte en photos la vie de cet écrivain. Roman, journalisme, théâtre, cinéma elle a tout fait ou presque. Ah si, la poésie ? Alors on a mal lu ses textes, tous empreints de poésie, si l’on nomme ainsi ce qui trouble, émeut, demande relecture. Quoi de mieux que des textes rassemblés pour relire ? Les notes éclairent certains textes, rappellent les conditions de l’écriture et de la publication. Elles rappellent aussi une époque, des éclats et polémiques. Duras était une personnalité et sa passion était aussi intense que parfois injuste,. Dans les toutes dernières années de sa vie, elle jouait les prophétesses. Ses jugements étaient souvent excessifs. Ainsi quand, péremptoire, elle disait de Sartre qu’il n’était pas un vrai écrivain. Mais on lira aussi une journaliste attentive aux autres, les écoutant avec patience. Dans Outside, un entretien avec une illettrée dans les années cinquante a quelque chose de poignant. Et « Les fleurs de l’Algérien » ont à peine vieilli. Et puis il y a dans La vie matérielle, ses courts textes sur la cuisine, sur la vie de chaque jour dans ses détails les plus simples, les plus humains. Aucun écrivain n’est plus proche de nous. Elle aimait le cinéma. Elle tournait des films que l’on pensait extrêmes, parce que dénués d’artifices, ils visaient au plus simple. Elle savait parler du cinéma, des acteurs qu’elle admirait, et son dialogue avec Elia Kazan autour de America America ou du Fleuve sauvage donne envie de revoir l’un de ces films. Ou ce merveilleux Wanda, seul film réalisé par son épouse, Barbara Loden, comme une sœur pour Duras. Ces deux tomes (s’il faut choisir, vous préfèrerez le tome 3) permettent de comprendre comment Duras écrit et surtout réécrit. L’Amant est un immense succès public, puis un film d’Annaud que bien sûr elle n’aime pas. Elle écrit L’Amant de la Chine du Nord. La Douleur reprend des textes qu’elle a écrits après la guerre ; c’est l’un des livres les plus forts sur le retour de déportation. Ce qu’en a fait Patrice Chéreau avec Dominique Blanc, spectacle que l’actrice joue encore, est une merveille.
Bref, on l’aura compris, il est difficile de n’être pas enthousiaste avec Duras. Et on la lira dans tous les sens, à travers ces quatre Pléiade…si on l’aime à la folie !

Œuvres complètes, tomes III et IV, Marguerite Duras (La Pléiade, Gallimard)