L’histoire de la musique à pas de géant

Juin 2014

Le terme de “musique classique” apparaît en 1768, utilisé pour la première fois par J-J. Rousseau, qui l’applique à la musique relevant de la grande tradition occidentale. L’expression, assez floue car désignant en même temps une période très précise de l’histoire de l’art, est souvent employée pour “musique savante”, c’est-à-dire de tradition écrite, par opposition aux musiques “populaires”, de tradition orale. Au Moyen Age, ce type de musique trouve son origine dans le chant chrétien dont le chant grégorien (voix d’hommes à l’unisson sur les textes sacrés) à partir du Ve. Le système d’écriture musicale en Occident se fixe à partir du XIe. Constitué d’un système de notes sur portées, on l’utilise toujours aujourd’hui. Parallèlement à la musique sacrée, troubadours et trouvères développent la musique “profane” aux XIIe et XIIIe, sur des textes poétiques autour de l’amour courtois ou des batailles glorieuses (la chanson de geste). Aux XIIe et XIIIe (époque gothique), le style polyphonique (réunion de voix différentes chantant à la quarte ou à la quinte au-dessus de la voix principale) trouve son apogée à l’École de Notre Dame de Paris, où moines et chantres, comme Léonin et Pérotin, inventent un système de plus en plus savant pour mettre en musique les textes sacrés.

wagnerComme les autres arts mais en retard par rapport à eux, la Renaissance musicale (XVIe) est caractérisée par la volonté des compositeurs d’imiter l’Antiquité. L’imprimerie musicale, qui débute en 1501 à Venise, va avoir un rôle fondamental dans la promotion de ce nouveau style de musique. Elle permet également l’essor de la musique instrumentale, jusque là peu exploitée. Des Académies (sorte de concerts privés) se créent, réunissant un public érudit et qui apprend à se former au contact de nombreux artistes. Les Princes deviennent mécènes, autant par amour de l’art que par volonté d’asseoir leur puissance. Deux des grands noms de cette période sont Josquin des Prés (France, 1450-1521) et Palestrina, (Rome, 1525-1594). À cette même période, la Réforme protestante change radicalement les pratiques musicales en Allemagne, Angleterre et Suisse notamment, imposant un style plus austère et l’abandon du latin comme langue des chants d’église.

L’âge baroque (1600-1750) commence par la naissance de l’Opéra en Italie (l’Orfeo de Monteverdi créé en 1607, considéré comme le premier opéra important). La musique devient alors théâtre, lieu d’expression idéale pour l’exaltation des passions, à travers toute forme de dissonance et de chromatisme (plus petit intervalle entre deux notes, créant un effet de grande tension dramatique). Deux éléments de composition nouveaux marquent cette période : la basse continue (partie instrumentale souvent prise en charge par les contrebasses, violoncelles ou clavecins, placée à la basse et soutenant de façon continue les parties supérieures) et le récitatif (passage descriptif et informatif d’un opéra). L’Italie joue un rôle pilote dans la promotion de ces nouvelles inventions, avec des compositeurs comme Monteverdi ou Vivaldi. Mais c’est en Allemagne que Bach (1685-1750) clôt cette période en portant à son apogée la synthèse des styles baroques de son époque.

Amadeus_2Mozart, Haydn et Beethoven sont les trois grands noms de l’époque classique (1750-1830), marquée par un style très clair, avec une mélodie “facile” à retenir, une rythmique carrée de danses et une brièveté des phrases musicales, avec des valeurs d’équilibre et de mesure. La musique reste le lieu de l’épanchement sentimental, mais est dès lors composée comme un discours, avec des phrases concises et des figures de style précises. Le romantisme, au XIXe, est marqué par l’exaltation de la sensibilité et par la passion. Il renoue avec des thèmes comme la nature, l’instinct, et le surnaturel. Des compositeurs comme Schubert, Chopin, ou Schumann tout en étant influencés par l’art de Mozart, exacerbent les tensions dramatiques et torturées, en germe dès la fin du XVIIIe. Symphonie (Brahms, Mahler) et opéra (Verdi, Wagner) sont les genres privilégiés des romantiques, avec un orchestre de plus en plus étoffé pour refléter au mieux la grandeur des passions humaines.

De 1900 à 1945, se déroule ce qu’on appelle l’époque moderne. L’écriture musicale est profondément renouvelée et les styles se multiplient. Subjectivement, abordons-en deux. L’impressionnisme et le symbolisme français sont représentés par Debussy (1862-1918), très influencé par les arts asiatiques, et qui veut suggérer des sensations plutôt que de décrire. D’autres courants comme le dodécaphonisme (Schönberg, 1874 – 1951) rompent de façon plus radicale encore avec les courants précédents, et annoncent l’atonalité (utilisation des 12 degrés de la gamme chromatique, sans aucune notion hiérarchique entre eux, contrairement à toute la tradition des 19 siècles précédents). Après 1945, beaucoup de compositeurs ont considéré qu’il n’était plus possible d’écrire la musique comme avant la Shoah. Le spectacle des foules répondant massivement au salut hitlérien ayant rendu toute émotion suspecte. La musique désormais se veut plus proche de la contemplation sonore, loin de tout déroulement dramatique. Cette musique contemporaine (Stockhausen en Allemagne et Boulez en France) heurte souvent le public. Cela peut sembler paradoxal, au regard de conditions matérielles plus favorables que jamais à la diffusion des œuvres. Peut-être nous manque-t-il du recul par rapport à la nouveauté de ces créations ?

Quelques idées de loisirs :

A écouter : A la radio : sur France Inter, C’est du classique mais c’est pas grave, le samedi de 16h à17h et Carrefour de Lodéon, du lundi au jeudi de 16h à 17h. En CD ou DVD : La leçon de musique, de J-F Zygel, un DVD par grand compositeur ; Je n’aime pas le classique mais ça j’aime bien,compilation de «tubes» classiques. Pour les enfants : Contes musicaux, collection chez Didier Jeunesse de livres CD (Pierre et le loup, La flûte enchantée, Monsieur Satie…); La musique classique expliquée aux enfants, par J-F Zygel, en DVD ; Musique enchantée, collection chez Actes Sud Junior de livres CD (L’Oiseau de feu de Stravinski, L’Enfant et les sortilèges de Ravel…).