Jules Rimet

Jules-RimetJuin 2014

Longtemps les français brillaient assez peu par leurs résultats lors des compétitions sportives. Ils étaient en revanche fort présents en tribune officielle. En effet, ils sont à l’origine de nombre des principaux et plus médiatiques événements sportifs mondiaux : les Jeux Olympiques, le Tour de France, la Coupe d’Europe de football (Ligue des Champions) et la Coupe du Monde de football avec Jules Rimet.

En 1928, Jules Rimet, qui est alors président de la FIFA(1) (Fédération Internationale de Football Association), propose la création d’une coupe du monde de football, secondé en cela par Henri Delaunay, responsable de la fédération française. Au lendemain du premier conflit mondial, les affaires de l’instance internationale ne sont pourtant pas florissantes. En effet, quand il en prend les rênes, en 1921, il n’y a plus que 12 membres. Les quatre associations britanniques (Irlande, Galles, Écosse et bien sûr Angleterre) se sont retirées après que la FIFA a accepté de réintégrer l’Allemagne et l’Autriche. Pour d’autres raisons, le Brésil et l’Uruguay ne sont plus membres non plus… Jules Rimet va alors déployer ses talents de diplomate pour faire revenir un certain nombre de pays et donner corps à sa vision universelle du sport et du football en particulier. L’Uruguay est désigné comme pays-hôte pour diverses raisons. Il est alors double champion olympique de football en 1924 et 1928. De plus, il fête le centenaire de son indépendance en 1930, il s’engage à construire un nouveau stade et il a la riche idée de proposer de régler les frais de transports et d’hébergement des sélections participantes.

jules rimet portraitCette nouvelle compétition se distingue des Jeux Olympiques notamment par le fait que les footballeurs professionnels y sont acceptés. En opposition à Pierre de Coubertin qui vante les mérites de l’amateurisme, Jules Rimet veut autoriser le professionnalisme. C’est à ses yeux le seul moyen pour que le sport permette à toutes les couches sociales de se rencontrer. L’amateurisme implique en effet que l’on ait le temps et donc l’argent nécessaires à la pratique d’un sport, ce qui en exclut d’office les classes populaires et ce qui va à l’encontre de son ambition. Cette vision des choses est profondément ancrée en lui et s’explique par son parcours. Militant chrétien, issu d’un milieu modeste, il fusionne le journal qu’il a créé avec Le Sillon, qui vise à rapprocher catholicisme et république et convaincra d’ailleurs de nombreux chrétiens de rompre avec la monarchie. Petite parenthèse, Marc Sangnier, le créateur du Sillon, est également connu pour avoir été le cofondateur de la Fédération Internationale des Auberges de Jeunesse et le pionnier du mouvement en France.

16 invitations sont lancées aux pays membres de la FIFA pour cette première édition. Seuls 13 l’acceptent. Les européens ne sont que 4 : la France, la Yougoslavie, la Belgique et la Roumanie. Tous ont commencé par refuser mais Jules Rimet a su les convaincre et, même s’ils renâclent, ils y vont ! Il faut dire que le voyage est long et que la crise de 1929 est passée par là… Et puis, la Coupe du Monde n’est pas encore l’événement qu’elle est devenue. Il faudra d’ailleurs du temps pour que ce rendez-vous devienne incontournable.

Ainsi, en 1950, trois pays qui s’étaient pourtant qualifiés lors de tours préliminaires déclarèrent finalement forfait : l’Écosse, la Turquie et l’Inde. En ce qui concerne ce dernier, l’histoire est cocasse. Un tournoi de qualification avait en effet été organisé regroupant quatre pays asiatiques : Birmanie, Philippines, Indonésie et Inde. Une place à la Coupe du Monde était garantie au vainqueur du tournoi. Les trois premiers déclarèrent forfait, qualifiant d’office l’Inde qui demanda à la FIFA l’autorisation de jouer ses matchs pieds nus lors de la Coupe du Monde. Cette autorisation lui ayant été refusée, l’Inde annula sa participation.

équipe de france coupe de france 1930Mais revenons en 1930. Jules Rimet s’embarque, en compagnie de l’équipe de France, à bord du Conte Verde à Villefranche sur Mer le 21 juin et rejoint à bord l’équipe de Roumanie qui avait embarqué à Gênes. A l’escale de Barcelone, ce sont les Belges qui montent sur le paquebot puis les Brésiliens à celle de Rio. Le 4 juillet, le bateau arrive enfin à Montevideo accueilli par plus de 10 000 uruguayens ravis de cette fête qui s’annonce. Pendant les deux semaines de traversée, même si le pont et la salle de gymnastique ne remplacent pas une belle pelouse, la bonne ambiance règne à bord et les équipes s’organisent comme elles peuvent pour réussir à s’entraîner. Jules Rimet, lui, veille sur le trophée qu’il a fait sculpter par Abel Lafleur et qui représente Niké, la déesse grecque de la victoire, dans le plus pur style Art Déco.

Le Conte Verde est un navire italien au parcours assez incroyable, outre cette traversée de 1930. En effet, il entreprend à partir de 1932 des liaisons Trieste-Shanghai et entre en collision avec un bateau japonais lors d’un typhon extrêmement puissant à Hong-Kong. Il faut un mois pour le renflouer, une première fois. De 1938 au 10 juin 1940, moment où l’Italie entre en guerre aux côtés de l’Allemagne, le bateau est emprunté par de nombreux juifs allemands et autrichiens pour fuir leur pays et se réfugier à Shanghai. En mai 1942, il transporte des prisonniers et diplomates alliés échangés contre des prisonniers et diplomates japonais au large de Maputo (Mozambique). Lorsque le Royaume d’Italie signe l’armistice avec les alliés en septembre 1943, le Conte Verde est toujours amarré à Shanghai, donc dans un port sous contrôle nippon. Pour éviter qu’il ne tombe aux mains des japonais, son équipage décide alors de le saborder. Pour la deuxième fois, le navire est renfloué en juillet 1944. Il est bombardé lors d’un raid aérien américain le mois suivant. Sévèrement endommagé, il est réparé en cale sèche et reprend l’eau avant de subir une nouvelle attaque en juillet 1945 et de s’échouer. Après une vie plus que mouvementée il est finalement démantelé en 1949.

coupe jules rimetC’est donc à son bord que la première coupe du monde, qui prendra le nom de trophée Jules Rimet en 1946, traverse l’Atlantique. Elle a d’ailleurs connu, elle aussi, une histoire riche en rebondissements. La Squadra Azzura l’ayant emporté en 1938 lors de la dernière épreuve avant la deuxième guerre mondiale, c’est le président de la fédération italienne qui la conservera pendant toute la période du conflit et qui la cachera dans une boîte à chaussures sous son lit pour qu’elle ne tombe pas dans les mains des nazis. En 1966, elle est dérobée alors qu’elle était exposée au Westminster Central Hall quelques mois avant le début de la Coupe du Monde organisée en Angleterre. Shocking ! Scotland Yard est sur les dents ! C’est finalement un chien dénommé Pickles (c’est-à-dire cornichons) qui la retrouve enveloppée dans du papier journal au fond d’un jardin. Jules Rimet avait émis le souhait que le premier pays a emporté trois fois la compétition conserve définitivement le trophée. Ce fut chose faite en 1970 par le Brésil, raison pour laquelle c’est d’ailleurs un autre trophée qui est depuis lors remis au capitaine de l’équipe qui l’emporte en finale. L’œuvre d’Abel Lafleur fut donc exposée à partir de 1970 au siège de la fédération brésilienne. Ayant retenu la leçon anglaise, cette dernière fit réaliser une armoire avec une façade en verre pare-balles… mais l’arrière de la dite armoire étant en bois. Muni d’un simple pied de biche, des cambrioleurs dérobèrent le trophée en 1983. Cette fois, il ne fut jamais retrouvé. C’est donc une réplique qui est aujourd’hui exposé à Rio.

Le 13 juillet 1930, en plein hiver austral, c’est sous quelques flocons de neige que l’arbitre donne le coup d’envoi de la rencontre inaugurale de cette première Coupe du Monde et concrétise ainsi le rêve de Jules Rimet. Elle oppose la France au Mexique, qui sera défait 4-1. C’est à Lucien Laurent, milieu de terrain des « bleus », que revint l’honneur de marquer le premier but de l’histoire de la Coupe du monde. L’Uruguay l’emporta en finale face à l’Argentine (4-2).

Né en 1873 en Haute-Saône et décédé en 1956 à Suresnes, Jules Rimet était convaincu des bénéfices du sport dans l’éducation physique et morale des jeunes. C’était pour lui un formidable vecteur de bien-être et d’amitié entre les peuples. Il aimait d’ailleurs utiliser cette formule : « Travailler le corps, éveiller l’esprit ». Passionné de poésie, de littérature et de musique, il voit le football comme un outil au service de la paix, sans doute marqué par sa participation à la première guerre mondiale qu’il termina comme lieutenant.

(1) : Au début du siècle dernier, le football est appelé football-association, en opposition au football-rugby. Il faut en effet se rappeler qu’à l’origine, au XIXème siècle donc encore un siècle plus tôt, les collèges anglais se rendant compte des vertus du sport se mettent à en promouvoir la pratique auprès des jeunes bourgeois et aristocrates qu’ils forment. Dans un pré aux contours plus ou moins définis, on constitue deux équipes qui s’affrontent pour un ballon et chaque collège joue alors plus ou moins avec ses règles. C’est ainsi qu’au collège de la ville de Rugby naît une pratique qui autorise de prendre le ballon en mains (le football-rugby) et deviendra ce que l’on appelle aujourd’hui le rugby ; les autres pratiques qui « en restent » aux pieds (le football-association) deviendront le football.

Quelques idées de loisirs :

A lire : La Coupe du monde de football, l’œuvre de Jules Rimet, de Jean-Yves Guillain (Amphora). La grande histoire de la Coupe du monde, de Vincent Duluc, Didier Braun, Régis Dupont et Céline Ruissel (L’Équipe). Jules Rimet, la foi dans le football, de Laurent Lasne (Éditions Tiers Livre).