Comet, come to me – Meshell Ndegeocello

LIBRE, VIVANT, SUBTILE, COMPLEXE

Douze albums et aucun signe de lassitude. Meshell Ndegeocello ou l’art de se réinventer, d’emprunter inlassablement cette New Direction in Music professée par Miles Davis et dont elle reste, aux côtés de Prince, la plus fidèle ambassadrice. Signée au début des années 90 sur le label de Madonna, Maverick, la bassiste réinvente d’abord avec panache son héritage Great Black music (Plantation Lullabies, 1993 ; Peace Beyond Passion, 1996), joue avec la crème des jazzmen contemporains (Steve Coleman, Herbie Hancock…), recrute les ex-muses de Prince période Révolution, Wendy & Lisa. Son troisième opus opère la mue : Bitter, ce miracle de soul folk en apesanteur, paru à l’aube du nouveau siècle, s’en tient à l’essentiel, un songwriting sobre et intime. Deux manifestes futuristes (le R&B Cookie: The Anthropological Mixtape, 2002, et le reggae dub Comfort Woman, 2003) et un disque de jazz (The Spirit Music Jamia: Dance of the Infidel, 2005) plus tard, Meshell Ndegeocello creuse le sillon d’une pop New Wave élégiaque (The World Has Made Me the Man of My Dreams, 2007 ; Devil’s Halo, 2009). En 2011, Weather et ses chansons produites live par Joe Henry, précise l’intention crépusculaire et Soul Folk de Bitter (1999). Son hommage à Nina Simone (Pour Une Âme Souveraine: A Dedication to Nina Simone, 2012) ainsi qu’une série de concerts où elle revisite le répertoire de Prince nourrissent enfin son insatiable appétit d’une musique qui transcende les étiquettes. Comet, Come To Me en est la savante alchimie. Libre, vivant, subtile, complexe, ce nouvel opus renoue avec les racines R&B (Friends) et Reggae (Forget My Name), se mâtine de folk et de synthés aériens (Good Bad Day) sans perdre de vue ses amours pop new wave (Continuous Performance), jusqu’au stonien riff de Conviction . Un disque patchwork ? Non. Une belle œuvre, assurément.

Comet, come to me, Meshell Ndegeocello (Naïve)