Théâtre des Champs-Élysées

Théâtre des Champs ÉlyséesMai 2014

Bourdelle, dont nos abonnés Club et Découverte ont pu admirer la délicieuse exposition « Bourdelle intime », a apporté sa contribution à sa construction (bas-reliefs de la façade et bronzes et fresques à l’intérieur) . Achevée en 1913, elle clôt en quelques sortes la parenthèse enchantée de la Belle Époque qui se termine avec la Première Guerre Mondiale et qui est retracée dans la magnifique exposition « Paris 1900 » (pour nos abonnés Club et Découverte).

Que de polémiques autour de la construction de cet édifice classé monument historique ! A l’origine du projet, Gabriel Astruc, journaliste et entrepreneur de spectacles français, qui avait l’ambition de doter Paris d’une grande salle moderne consacrée à l’art lyrique et musical. Pour mener à bien ce projet, il s’entoure dans un premier temps des architectes Henri Fivaz et Roger Bouvard. Sur les conseils du peintre Maurice Denis, qui a, lui aussi, contribué à la réalisation de l’édifice, Astruc fait appel à l’architecte et décorateur d’intérieur belge Henry Van de Velde, alors au sommet de sa carrière ; dès 1910, ce dernier est alors associé au projet et se voit confier la décoration du monument. Rapidement, Van de Velde va plus loin que la décoration et imagine la façade, tâche initialement confiée à Roger Bouvard. Ce dernier se retrouvant évincé, c’est l’architecte belge qui définit les grandes lignes de ladite façade : pylônes, ornementation dépouillée et organisation géométrique. Afin de réaliser son projet, Van de Velde s’adresse à l’entreprise des frères Perret, lesquels font partie des premiers techniciens spécialistes du béton armé.

Peu à peu, Auguste Perret va à son tour supplanter le décorateur belge afin de s’approprier le projet, en mettant en avant l’importance déterminante du système constructif que son frère et lui ont élaboré. Finalement, de nombreuses modifications seront apportées et c’est à Auguste Perret que reviendra le crédit de la construction du Théâtre des Champs-Élysées. L’édifice sera d’ailleurs la première grande réalisation de l’entrepreneur et lancera sa carrière d’architecte.

théâtre des champs

Comme l’indique son nom, le théâtre devait se situer sur les Champs-Élysées, mais la ville de Paris proposa un site sur l’avenue Montaigne, certes moins prestigieux qu’un emplacement sur la fameuse avenue de la capitale, mais qui fut finalement retenu par Gabriel Astruc. Une fois la réalisation longue et tumultueuse achevée, le Théâtre des Champs-Élysées fut inauguré au printemps 1913, avec l’opéra Benvenuto Cellini de Berlioz. A peine quelques mois plus tard, lors de la première du Sacre du printemps de Stravinsky, c’est le scandale : tollé, émeute, moqueries… La musique ainsi que les chorégraphies du ballet provoquèrent une vague d’indignation parmi le public et les critiques qui, dès le lendemain, rebaptisèrent l’œuvre le « Massacre du printemps ». Le deuxième grand scandale de l’histoire du théâtre eut lieu en 1954, lors de la représentation de Déserts, d’Edgar Varèse. Là encore, c’est l’originalité du spectacle qui choqua ; mélange d’instruments classiques et de dispositifs électroniques, cette œuvre musicale mixte suscita huées, rires et quolibets, au même titre que le ballet russe 41 ans plus tôt.

Outre ces deux principaux scandales, le Théâtre des Champs-Élysées a été le siège de grands moments de l’histoire de la musique. Ainsi Joséphine Baker choisit-elle ce lieu emblématique pour faire sa première apparition parisienne, dans la Revue nègre de 1925. La salle a aussi montré sa capacité à accueillir dans des conditions prestigieuses les ouvrages des plus grands compositeurs allemands d’opéra des XIXème et XXème siècles tels que Wagner et Strauss. Ainsi, dès 1914, le théâtre accueillit les premières représentations de Wagner en version originale.

« Je les ai fait venir à Paris des quatre coins du monde, ces chevaliers errants », affirmait Gabriel Astruc. Cette ambition fut le point commun de tous les directeurs qui ont suivi, faisant alors du Théâtre un lieu culturel de qualité. Ainsi, au fil des années, a-t-on vu défiler les artistes les plus prestigieux de l’histoire de la musique, de l’opéra et de la danse. Pour n’en citer que quelques-uns : Claude Debussy, Pierre Monteux, Karl Boehm ont dirigé les plus grands orchestres français et étrangers. Dans le registre de la danse, le prestige n’est pas moindre dans la mesure où se sont succédé les ballets russes de Serge Diaghilev, Maurice Béjart, la troupe du Bolchoï ou encore la Revue nègre de Joséphine Baker.

Depuis quelques décennies, le théâtre de l’avenue Montaigne est l’une des scènes de référence pour le répertoire baroque, et ce de par les artistes prestigieux qui y sont passés, dont William Christie, Emmanuelle Haïm, René Jacobs et bien d’autres. Avec ses trois salles, l’institution reçoit chaque année près de 300 000 spectateurs et quelques milliers d’artistes. Tandis que le Théâtre est réservé à l’opéra et à la musique, la Comédie et le Studio des Champs-Élysées accueillent principalement des pièces de théâtre.

Quelques idées de loisirs :

A lire : Le Théâtre des Champs-Élysées est ouvert, ouvrage coordonné par Nathalie Sergent et avec la participation d’acteurs divers des
domaines de l’architeture, de la musique du théâtre, etc ; paru à l’occasion du centenaire du l’institution, en 2013.

A faire : Visite guidée du Théâtre, pendant laquelle le contexte historique du bâtiment sera retracé ainsi que les enjeux artistiques de la programmation..

Sur internet : Théâtre des CHamps-Élysées : vidéos des représentations passées.