Mapplethorpe-Rodin

mapplethorpe-rodin-10SCULPTURAL, MAGISTRAL, TRANSCENDANTAL

Mapplethorpe, Rodin : a priori quoi de commun entre l’un des plus grands sculpteurs français (1840-1917) et le photographe bad boy new-yorkais (1946-1989) ? N’allait-on pas assister à l’une de ces expositions qui proposent des mariages forcés dont personne ne sort gagnant ? C’est tout le contraire qui se produit au Musée Rodin, et, si la rétrospective consacrée à Mapplethorpe au Grand Palais déçoit par son aspect trop lisse et trop scolaire, on retrouve avec joie dans le musée de la rue de Varenne toute la fougue et le génie des deux hommes. Ce sont d’ailleurs à quatre femmes, trois en tant que commissaires de l’exposition et une en tant que scénographe, que l’on doit cette réussite éclatante : confronter 50 sculptures de Rodin à 102 photographies de Mapplethorpe grâce à un jeu de cimaises en verre qui produisent une multitude de reflets, de transparence et finissent par plonger le visiteur dans un bain d’images et de sensations, où la sculpture se mêle à la photographie, le plâtre à l’encre, les déesses aux fleurs, les hommes aux femmes. À part leur passion commune pour Michel-Ange, les deux artistes n’avaient pas de liens apparents, mais, par un jeu de rapprochements et de croisements, l’exposition montre qu’ils se rencontrent maintes fois : par leur travail sur le corps, la peau, par leur virtuosité à dompter la lumière, mais aussi par les recherches qu’ils ont inlassablement menées pour représenter le corps et le désir. L’un désirait les femmes, l’autre les hommes, mais qu’importe, on voit comment ils saisissent le corps dans sa grâce ou sa légèreté ou le contraignent au contraire à des positions impossibles. Certains rapprochements sont si troublants que l’on se demande si les deux artistes n’ont pas partagé le même atelier : c’est la chance que leur offre et nous offre le musée Rodin.

Mapplethorpe-Rodin, Musée Rodin jusqu’au 21 septembre