L’Aventura – Sébastien Tellier

Sebastien Tellier, Rio 2013BRÉSILIEN, BARBU, CONCEPTUEL, FOISONNANT

L’on avait quitté le géant barbu sur une collection d’instrumentaux. Hommage avoué à ces bandes originales qu’il affectionne tant, auto-citation assumée (celle du plus beau joyau qu’ait accouché la chanson française dans les années 2000, La ritournelle), Sébastien Tellier semblait en 2013 à la croisée des chemins. La surprise d’un premier album en demi teinte (L’incroyable vérité, 2001) s’était épanouie sur l’épatant Politics (2004), suivi, après un live enregistré en studio (Sessions, 2006) et une compilation (Universe, 2006), du mythique Sexuality (2008), produit par le Daft Punk Guy Homen de Christo. Les compteurs étaient alors au vert, et l’on entendait dans nos oreilles se déployer la relève d’un Gainsbourg version potache qu’on supporta, cocardiers, jusqu’à l’Eurovision. Un avis manifestement partagé par l’intéressé lui-même qui, en artiste du contre-pied, s’érigea en gourou Christique le temps d’un disque euro dance et indigeste (My god is blue, 2012). Qu’allait-il nous réserver pour sa prochaine cuvée ? Rien moins qu’un nouveau concept, celui de l’enfance retrouvée. En 10 titres et 53 minutes, Sébastien Tellier réécrit sa jeunesse au Brésil «  pays de splendeur et de joie, à l’âme éternellement enfantine ».  Enregistré entre Rio et Paris, le barbu s’est notamment entouré d’Arthur Verocai, légende de la musique brésilienne, et de Philippe Zdar à la production. Section rythmique 70’s, échos psychédéliques, flûtes, cordes, synthés vintage millésimés funk fin 70’s, titres longue durée qui laissent une large part à l’instrumentation… L’on songe au chef d’œuvre et conceptuel Here My Dear de Marvin Gaye. Au risque parfois de dérouter (les paroles et ce phrasé dont on ne sait jamais s’ils sont au premier ou au second degré), L’Aventura ose, étonne, foisonne, fusionne et… passionne.

L’Aventura, Sébastien Tellier (Record Makers)