Gustave Doré – L’imaginaire au pouvoir

2014 04 Exposition Gustave DoréINVITATION AU RÊVE… ET AU CAUCHEMAR

« Désolé de n’avoir fait à 33 ans que 100 000 dessins » : tel est le drôle d’aveu que l’on trouve sur la couverture de l’impressionnant catalogue, doré sur tranche, qui accompagne la grande exposition du Musée d’Orsay… Le ton est donné pour présenter Gustave Doré (1832-1883), le plus célèbre des illustrateurs du XIXème siècle que l’on connaît même sans le savoir, tant ses illustrations pour les contes de fées ont été reproduites. Artiste prolixe, aussi bien peintre, dessinateur, illustrateur, graveur que sculpteur, et inventeur de génie, il a fixé pour longtemps dans l’imaginaire collectif les images du petit chaperon rouge, du chat botté ou de Moïse, influençant jusqu’à aujourd’hui les artistes, les cinéastes, les auteurs de bande dessinée, si bien qu’en visitant l’exposition, on a souvent l’impression d’être en terrain familier, pensant là à un péplum, là à Enki Bilal. Illustrateur ? Indéniablement, avec plus de 10 000 planches, il disait « Que de livres il faut illustrer pour s’illustrer soi-même » et il a interprété la Bible, les grands textes de la littérature, de Cervantès à Shakespeare, avec un succès qu’analysait ainsi un journaliste nommé Émile Zola en 1863, à propos du Don Quichotte qui venait d’être publié : « On appelle ça illustrer un ouvrage : moi, je prétends que c’est le refaire. Au lieu d’un chef-d’œuvre, l’esprit humain en compte deux. C’est une même pensée traduite en deux langues. » Mais son génie ne s’arrête pas là : en illustrant aussi plusieurs récits de voyage, Doré s’affirme comme l’ancêtre des photo reporters, notamment en Espagne et à Londres, forgeant dans ses images un alliage souvent stupéfiant entre l’imaginaire littéraire et un sens de l’observation sans concession sur la réalité—y compris sociale— de son époque. L’exposition se plaît à encadrer cet aspect de l’œuvre, le plus célèbre, d’autres que l’on connaît moins : les peintures monumentales—avec de splendides visions de l’Enfer inspirées de Dante—, les sculptures, moins renversantes, et pour finir, les paysages, parfois grandiloquents mais incroyablement habités, décors de rêve pour des histoires prêtes à y commencer.

Gustave Doré (1832-1883) – L’imaginaire au pouvoir, Musée d’Orsay, jusqu’au 11 mai