Comment Paris est-il mis en Seine ?

2014-04-Histoire-3Avril 2014

Fluctuat nec mergitur” : “il flotte mais ne sombre pas”. Cette devise accompagne un blason, qui date du XIVème siècle, et qui représente un navire, symbole de la puissante corporation des “Nautes” ou “Marchands de l’eau”, gérante de la municipalité au Moyen Age. La devise et le blason de Paris indiquent assez combien la fondation et les origines de la ville sont indissociables de la Seine. En-deçà et au-delà du site primitif de l’île de la Cité et du port naturel de la place de Grève (aujourd’hui place de l’Hôtel de Ville), le développement de l’espace urbain a toutefois été longtemps empêché par les rives marécageuses du fleuve, à l’amont comme à l’aval du point de passage central. Il a fallu des siècles d’investissement et d’efforts étatiques pour canaliser et assainir les berges de la Seine : c’est pour finir à l’urbanisme napoléonien que l’on doit l’ultime fixation de quais, devenus de rigides barrières minérales disposées à accueillir un programme monumental de grande envergure.

 

A l’inverse d’autres grandes capitales européennes qui tournent le dos à leurs rivières, comme Londres, ou les laissent sur leurs marges, comme Rome ou Vienne, Paris a fait du fleuve le cœur de son dispositif de représentation et de circulation. Si désormais ce sont surtout les fameux bateaux mouches qui parcourent la Seine, leur incessants trajets rappellent combien la richesse de la ville provient de sa position médiane sur le cours d’un fleuve qui fait communiquer la Bourgogne et le Massif central avec la Manche – les lieux de production de la vigne et du bois avec le grand commerce maritime de l’Europe du Nord. Toute la partie amont des rives de la Seine, jusqu’au niveau de l’enceinte de Charles V (en 2014 04 Histoireélévation jusqu’au milieu du XVIIe siècle), était dédiée à l’activité industrielle et commerciale : aux multiples halles et entrepôts répondaient les gares, et, à partir du début du XIXe siècle le nouveau port de la capitale, situé au niveau du canal Saint-Martin. Si la désindustrialisation tardive de ce corridor “utile” a différé sa mise en valeur patrimoniale, elle a permis d’actualiser considérablement la remise en Seine architecturale de la ville à la toute fin du XX e siècle. Depuis la transformation du Palais du Louvre en musée au moment de la Révolution française, les rives de la Seine n’ont cessé de recueillir et de redistribuer le long du fleuve l’autre richesse de la capitale, le patrimoine, situé au cœur de l’économie touristique d’une ville-musée. Après l’Orangerie, Orsay, le Trocadéro, les Invalides, mais aussi la Bibliothèque nationale et l’Institut du Monde arabe, le Musée du Quai Branly a complété ce qui est le plus grand réseau muséal du monde.

 

L’inscription, en 1991, des “Rives de la Seine” sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité a consacré le destin patrimonial d’un espace monumental unique en effet, tant par sa superficie (365 ha) que par sa nature même : la Seine, en tant que couloir de circulation comme en tant que plate forme architecturale est bien le lieu d’une véritable mise en scène de la ville, de son histoire,et, au-delà, d’un rapport privilégié, et spécifique à la France, entre l’État et la culture. Hormis l’impressionnant cortège de monuments égrainés le long des berges de la Seine, c’est autant un ensemble de points de vue, une perspective immatérielle, que l’UNESCO a 2014 04 Histoire 2considéré comme devant être conservée pour l’avenir. Depuis l’établissement du Palais du roi et de la Cathédrale de l’évêque sur l’île de la Cité, le pouvoir urbain n’a cessé d’étendre et d’étirer l’espace de représentation qu’est la Seine. La construction du Pont Neuf au début du XVIIe siècle, en tant que premier pont non bâti dégageant ainsi le regard, marque le point de départ d’un déploiement de l’espace de représentation du pouvoir vers l’ouest et à l’aval du fleuve. Après le Louvre et les Tuileries, places et axes monumentaux vont prendre successivement appui sur les rives pour construire une symétrie visuelle, perpendiculairement au fleuve: de la Concorde au Champs de Mars, en passant par les Invalides, du Palais Bourbon à la Tour Eiffel. Aux XIXe et XXe siècle, les Expositions universelles de 1878, 1900 et 1937 s’emparèrent de cette axiométrie naturelle du fleuve pour bâtir des ensembles monumentaux destinés au départ à n’être que temporaires.

 

Le gigantisme démographique et industriel des Trentes Glorieuses a toutefois failli rompre cette unité, par l’aménagement à marche forcée des “voies” sur berges, qui portent toujours le nom de leur promoteur, Georges Pompidou. La réappropriation des anciennes berges amont a cependant stoppé cette dynamique de dissolution. Après Jussieu et le Ministère de l’Économie à Bercy, la ZAC rive Gauche, comme le périmètre des “Docks en Seine”, ont semble-t-il réconcilié la ville avec sa scène, donc Paris avec la Seine.

 

Quelques idées de loisirs :

A lire : Les ponts de Paris, B. de Andia, Action artistique de la ville de Paris. La Seine et Paris, A. Alexandre et S. Boura, Action artistique de la ville de Paris. Paris côté Seine, C. Dupavillon, Seuil. Une mise en image de la ville regardant son fleuve.

Se promener : à pieds, en roller, à vélo ou en bateaux, tous les moyens sont bons pour arpenter cette scène incomparable.

A regarder : Paris, la Seine voie royale, documentaire en VOD sur www.imineo.com.