Les fausses confidences

fausses-confidencesCHIC, SENSUEL, LUMINEUX, MAGNIFIQUE

Dans ce spectacle, on retrouve le metteur en scène suisse Luc Bondy, actuel patron du théâtre de l’Odéon, à son meilleur niveau. Sur le plateau nu qui s’avance en pointe au milieu des spectateurs, des bêtes de scène parmi les meilleurs comédiens jouent devant nous la comédie des sentiments derrière les masques aguerris de l’indifférence ou de l’amour. Tempo fluide du déplacement des corps, œillades veloutées, discours précieux à la langue sophistiquée, Marivaux, dont c’est la dernière pièce (1737), est au sommet de son art. Il élabore un stratagème virtuose, une attirance incompressible entre une jolie veuve, argentée et encore fraîche, et un garçon fauché mais instruit, qui a fait le pari insensé de la séduire. Manigancé par le valet Dubois avec la malice et le savoir faire d’un Figaro, ce coup de poker menteur fera succomber la belle héroïne dans les bras de celui qui hérite de sa fortune et de son rang. Fragile, cinglante, éthérée et séductrice en diable, Isabelle Huppert est une Araminte royale, dans ses escarpins à talons et ses robes Christian Dior. Avalant des coupes de champagne comme on lit les pages d’un journal, elle fait souffler le froid et le chaud avec une aisance déconcertante, funambule d’un spectacle qui tient du songe. Face à elle, Louis Garrel encaisse et souffre, sombre et mystérieux. Yves Jacques, grand échalas à la mèche gominée, joue un Dubois formidable de rouerie et d’intelligence. Jean-Damien Barbin en Arlequin désabusé, mi clodo mi poète, Bulle Ogier en mère abusive, alcoolique et mondaine, Manon Combes (Marton), Jean-Pierre Malo (Le Compte) et Bernard Verley (Monsieur Rémy), tous sont formidablement justes. Subtilement dirigés alors que la scénographie se construit et se déconstruit comme dans un rêve, dans une lumière hivernale, ces personnages sont les acrobates de leurs illusions. Mais chez Marivaux, l’amour sort toujours gagnant.

Les fausses confidences de Luc Bondy, d’après Marivaux, jusqu’au 23 mars au Théâtre de l’Odéon.