La Bibliothèque François Mitterrand

BnFMars 2014

Avec plus de 13 millions de volumes imprimés, la Bibliothèque nationale de France (BnF) se situe parmi les plus riches du monde (29 millions pour « Library of Congress » à Washington et 25 millions pour la « British Library » à Londres). Son établissement au bord de la Seine est le dernier avatar architectural d’une institution dont les origines formelles, en France, remontent au XVIIè siècle.

Si la Révolution française, par la confiscation des biens ecclésiastiques, a véritablement créé les conditions d’un enrichissement massif, c’est la monarchie qui a institué le « dépôt légal », dont les principes furent posés dès 1537, sous François Ier, mais dont le fonctionnement date du règne de Louis XIV. En imposant à tous les imprimeurs situés  sur le territoire national, le dépôt obligatoire de leur production, la Bibliothèque du roi est parvenue à se constituer en centre d’archivage de l’édition française. L’idée même de bibliothèque est toutefois bien plus ancienne.
A Ninive, dans les ruines du palais des Rois d’Assyrie, ont été retrouvées 22 000 tablettes d’argile datant du VIIème siècle av. J-C (cet ensemble est communément appelé la Bibliothèque d’Assurbanipal, une grande partie de ces éléments étant constituée de la collection personnelle de ce roi). En un temps où le savoir n’était pas aussi accessible et partagé, le concept même de bibliothèque était intimement lié au pouvoir politique. C’est ainsi que la bibliothèque d’Alexandrie fut constituée par les rois hellénistiques pour légitimer leur pouvoir aux yeux de la population égyptienne autochtone.

Bnf hautDans la même veine, l’origine du dépôt légal est d’interdire de « vendre ou envoyer en pays étranger, aucunes livres ou cahiers e quelques langues qu’ils soient, sans en avoir remis un exemplaire ès mains des gardes de la Bibliothèque Royale. Il s’agit dès lors de considérer le savoir comme un patrimoine. C’est ainsi qu’aujourd’hui, la BnF a pour mission de préserver et de diffuser le savoir en constituant des collections, en les conservant et en les communiquant au public. En outre elle produit des catalogues de référence, elle coopère avec d’autres organismes nationaux et internationaux et participe à des travaux de recherche. Le site François Mitterrand de la BnF est l’œuvre de l’architecte Dominique Perrault. Ce dernier a conquis une renommée mondiale en parvenant à révolutionner l’architecture des bibliothèques même s’il n’a cependant pas toujours intégré la question fonctionnelle du bâtiment. En effet, si l’espace de ce site, à l’image de tout acte de lecture, se veut être qu’une « révélation », il n’en demeure pas moins que face à d’autres bibliothèques nationales récemment reconstruites, comme la British Library à Londres, l’édifice parisien apparaît comme un espace peu accueillant et mal pratique, où le lecteur est écrasé par les distances à parcourir et le silence à respecter, dans des salles de lecture trop vastes.

Écrin d’une bibliothèque qui se veut tout aussi universelle que virtuelle, ce bâtiment reste un espace compartimenté, qui organise une séparation rigide entre les chercheurs institués et les lecteurs occasionnels. La distribution du savoir en autant de salles de lectures thématiques entre enfin en contradiction avec l’idée d’un savoir sans frontières, où l’hypertexte virtuel brise les parois des disciplines académiques.
Lorsque François Mitterrand annonce, le 14 juillet 1988, la création d’une nouvelle bibliothèque, il anticipe sur l’importance croissante des supports virtuels du savoir. Le projet architectural conçu par Dominique Perrault en 1989 n’était pas destiné à accueillir la totalité des ouvrages conservés sur le site primitif du fameux « quadrilatère » de la rue de Richelieu, mais seulement les livres imprimés depuis 1945. Le transfert en définitive de la totalité du département des imprimés explique en partie les nombreuses polémiques qui ont pu voir le jour durant la construction du bâtiment : en effet, si le principe de conserver les livres dans des tours transparentes pouvait apparaître séduisant, il était énoncé au mépris de la lumière qui endommage les livres. Nombreux sont également ceux qui glosent sur les risques d’inondation du fait de l’emplacement choisi en bord de Seine, sans compter les ruptures de canalisation comme cela est arrivé en début d’année.

europeanaSi la « très grande bibliothèque » virtuelle voulue par François Mitterrand pour aborder le XXIè siècle a connu un accouchement douloureux et si elle n’a pas encore réussi à prendre totalement son autonomie face à la vieille « Bn », elle peut prétendre rivaliser, par le biais du programme Gallica, qui offre déjà un accès à plus de 2 900 000 documents numérisés en ligne, avec les projets les plus radicaux de bibliothèque universelle, comme ceux portés par Google. L’Europe se mobilise d’ailleurs sur le sujet avec la création d’Europeana en 2008. Cette bibliothèque numérique européenne compte plus de 20 millions de documents numérisés.

Quelques idées de loisirs :

A voir : Voyage au centre de la bibliothèque, Frédéric Laffont : un très beau documentaire pour découvrir les arcanes de la bibliothèque.

A lire : La Bibliothèque nationale de France. Mémoire de l’avenir, Bruno Blasselle et Jacqueline Melet-Samson. La véritable histoire de la grande bibliothèque, François Stasse.

Sur internet : www.bnf.fr, le site de la BnF contient une visite virtuelle des bâtiments et propose de multiples expositions des richesses imprimées et enluminées des fonds conservés. www.gallica.fr et www.europeana.eu.