Agriculture biologique: besoin d’un décryptage ?

logo bioMars 2014

Dans nos rayons et sur nos étalages, les produits « bio » sont particulièrement présents. Le terme « bio » semble de plus en plus être utilisé comme un argument marketing, synonyme de « naturel » de « sain » et d’ « écologique ». Les aliments, les cosmétiques, les vêtements, le design, même votre crèche et votre laverie automatique semblent parfois se « convertir » au bio. Dans cette soupe de logos et de labels, un peu de méfiance ne semble pas forcément malvenue. Alors, le bio c’est quoi exactement ?

Le « bio », est en fait « la bio », car ce terme fait officiellement référence à « l’agriculture biologique », c’est-à-dire à un mode de production agricole réglementé et contrôlé sous l’autorité des pouvoirs publics à l’image des AOC ou du Label Rouge. Ce label, aujourd’hui européen, garantit au consommateur, par un cahier des charges strict, interdisant notamment l’utilisation des produits chimiques de synthèses, un « mode de production respectueux de l’environnement, des cycles naturels et du bien-être animal ». Ce label représente en France un marché émergeant de 4 milliards d’euros qui, porté notamment par une presse favorable, jouit d’une insolente dynamique de croissance depuis près de 10 ans.

Le cahier des charges bio se caractérise par des interdictions très contraignantes pour le producteur. La première est l’interdiction de l’utilisation d’engrais chimiques de synthèse. Ne pouvant plus nourrir directement la plante, le producteur bio doit nourrir la microfaune du sol par l’ajout régulier de matières organiques issues de composts, de fumiers ou de cultures spécialement dédiées à cette fin, qu’on appelle les engrais verts. Ce sont les bactéries du sol qui produisent alors les nitrates dont les plantes ont besoin pour leur croissance. La deuxième interdiction porte sur les pesticides chimiques, c‘est à dire des herbicides, fongicides, insecticides et autres régulateurs de croissance. Ne pouvant traiter efficacement son champ, a posteriori, en cas de maladie, le producteur bio doit prévenir les problèmes en amont en mettant en place des stratégies agronomiques lui permettant de limiter au maximum les risques de maladies, comme le choix de variétés rustiques, ou l’allongement et la diversification des rotations de ses cultures. Enfin, le cahier des charges bio fixe des normes de bien-être en ce qui concerne l’élevage. Ces normes définissent un espace minimum dans les bâtiments, obligent de laisser aux animaux un accès permanent à l’extérieur et de leur donner une alimentation adaptée à leur régime alimentaire et au moins à 50% locale.

montage bioCe type d’agriculture, qui à émergé en Europe dans les années 30 sous l’impulsion d’agronomes et de philosophes, est restée de nombreuses années un mouvement marginal et très réactionnaire. Mentionner à l’époque “Agriculture Biologique” sur votre produit n’était pas bon du tout pour vos affaires ! Pour commencer, de petits réseaux entre producteurs et consommateurs “initiés” se sont formés, organisés en associations ; la première, Soil association, voit le jour en 1946 en Angleterre. En France, c’est dans les années soixante que les premiers groupements font leur apparition. L’abandon des produits chimiques représentait alors un aspect marginal du mouvement qui se définissait surtout comme une contre révolution agricole, plus spirituelle et philosophique, prônant un autre rapport à la nature et à l’environnement et cherchant à élaborer des relations plus directes et plus complexe entre producteurs et consommateurs.

C’est l’évolution du contexte socio-économique et la montée des préoccupations environnementales qui vont progressivement donner du poids à ce petit mouvement. A partir des années 80, dans les milieux scientifiques, économiques et politiques, certaines tendances observées dans les pays pratiquant l’agriculture « intensive » commencent à être décriées : la pollution croissante des ressources en eaux et l’érosion des sols, l’appauvrissement des écosystèmes, l’érosion de la biodiversité sauvage et domestique et la dégradation des paysages, la simplification et l’agrandissement des fermes qui deviennent des « exploitations » spécialisées, la perte progressive, par les paysans, de leur liberté, la standardisation des productions agricoles souvent au détriment du goût… et bien d’autres choses encore. L’agriculture biologique, par son cahier des charges « radical », s’impose progressivement comme une alternative ayant fait ses preuves, « lisible » pour le consommateur et permettant de limiter en partie ces phénomènes. Elle s’institutionnalise en France en 1985 avec la création de la marque AB par le Ministère de l’agriculture, puis est déclarée « d’intérêt public » en 2000. Aujourd’hui, presque tous les pays industrialisés ont engagé des politiques de développement en faveur de cette filière, principalement pour des raisons environnementales.

tomate carréeSoutenue par de nombreux laboratoires de recherche et de nombreuses universités de par le monde, l’agriculture bio n’est évidemment pas parfaite. Elle représente cependant un secteur très innovant du point de vue scientifique et agronomique car produire sans engrais ni pesticides chimiques n’est pas aussi simple qu’il y paraît. En France, la bio joue un rôle moteur dans l’instauration de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement. En effet l’agriculture est multiple et de très nombreux systèmes d’exploitation s’inspirent aujourd’hui des techniques développées par les producteurs bio pour économiser des intrants, limiter les pollutions ou commercialiser leurs produits.

La bio apparaît de plus en plus dans les milieux universitaires comme un exemple pertinent de prise en charge par le marché d’externalités environnementales, de valeurs philosophiques et de biens non-marchants. Elle représente une voie originale et innovante qui semble désormais avoir toute sa place dans le paysage agricole français.

Quelques idées de loisirs :

A lire : Famine au sud, malbouffe au nord, comment la bio peut nous sauver ? de Marc Dufumier (Nil éditions, 2012), Agriculture biologique, une approche scientifique de Christian de Carné-Carnavalet (Broché, 11 janvier 2012), Le sol, la terre et les champs : Pour retrouver une agriculture saine de Claude Bourguignon et Lydia Bourguignon (Broché, 12 juin 2008)

Sur le net : www.agencebio.org, le site du groupement d’intérêt public en charge de développer et promouvoir la bio. www.inao.gouv.fr, l4INAO est l’établissement public chargé de la mise en œuvre de la politique française relative notamment aux produits bio.