Tilt !

tiltGONFLÉ, PROVOCANT, FÉROCE, DRÔLE

Dans la galaxie du théâtre contemporain, Sébastien Thiéry est un ovni. Acteur, metteur en scène, auteur de séries pour la télévision, il est repéré par Jean-Michel Ribes, le patron du Théâtre du Rond-Point qui l’invite à monter sa première pièce « Sans ascenseur ». Depuis, il dessine avec une plume trempée dans du souffre des personnages totalement décalés, paumés, en butte avec un monde hostile et absurde. Écrite pour Richard Berry et jouée par lui, « Qui est Monsieur Schmitt », une de ses pièces, était une perle de non sens et de fausse perversion. « Tilt !« , son dernier opus, reprend ses thèmes favoris au fil de petites scènes qui mettent en jeu deux hommes, célibataires quadragénaires médiocres, l’un candide, joué par l’auteur lui-même, l’autre bardé de certitudes, interprété par Bruno Solo. Leurs échanges ressemblent à une partie de ping-pong verbal qui s’emballerait avec des volées d’insanités et des smashes de bêtise, tout cela asséné avec un aplomb déconcertant. On pense à Ionesco ou aux « Diablogues » de Dubillard, mais la férocité de l’auteur touche ici à celle de la vie dans ce qu’elle a de plus tragique et de plus désespéré. Avec Antony Cochin qui intervient comme troisième larron de la fête, les deux comédiens, épatants, mènent cette bataille avec une irrésistible sincérité et un humour dévastateur. Ils sont dirigés subtilement par Jean-Louis Benoît dont la baguette impulse un tempo parfait. Un spectacle recommandé à tous ceux qui apprécient l’humour vachard, le cinquième degré et qui acceptent de se laisser entraîner dans ce voyage cruel et tendre, monstrueux et profondément humain.

Tilt ! de Sébastien Thiery au Théâtre de poche-Montparnasse, mise en scène de Jean-Louis Benoit, avec Bruno Solo, Sébastien Thiery et Antony Cochin