Que signifient les contes de fée ?

Belle-et-la-bêteFévrier 2014

Ils ont bercé notre enfance et sans doute façonné notre imagination, sans que nous nous en rendions vraiment compte. Mais sait-on vraiment de quoi est faite l’étoffe des contes de fées? Un univers à décrypter…

Difficile de remonter aux origines de ce que l’on nomme aujourd’hui « les contes de fées », tant leur histoire se confond avec celle des civilisations. Mythes, légendes et contes se retrouvent sur tous les continents et à toutes les époques. Dans l’Antiquité grecque, par exemple, mythes et récits épiques étaient racontés par des « aèdes » qui les connaissaient par cœur et les transmettaient oralement. Il en allait de même en Arabie, en Chine, en Inde ou en Afrique.

charles-perraultPendant longtemps, les conteurs ont adapté ces histoires à leur époque, ajoutant des détails, en oubliant d’autres, créant de nouveaux personnages pour mieux toucher leur auditoire. Si certains contes continuent à être transmis oralement (notamment en Afrique), la plupart nous sont parvenus parce qu’ils ont été recueillis et transcrits. En Europe, Charles Perrault est un des premiers à mettre par écrit cette tradition foisonnante en publiant en 1697 Histoires ou Contes du temps passé, avec des moralités. Au siècle suivant, pourtant épris de rationnel, les fées sont à la mode et les contes connaissent un grand engouement. En 1789, le Chevalier de Mayer compile tous les contes de fées existant dans un recueil de plus de 41 volumes… En Allemagne, les frères Grimm partent collecter tous ces trésors de la culture populaire au début du XIXe siècle, comme le feront aussi Pouchkine en Russie, Andersen au Danemark, Georges Sand en France, Dickens en Grande-Bretagne.Partout, on raconte l’histoire de ces personnages plus ou moins merveilleux qui vécurent des aventures extraordinaires. Le succès des contes de fées repose sur une structure bien particulière où celui qui l’écoute ou le lit « croit » à ce qu’on lui raconte. Un univers peuplé de princes et princesses mais aussi de créatures maléfiques : génies, démons, méchantes sorcières, enchanteurs, ogres…

La magie intervient souvent, qui transforme un crapaud en prince ou fait dormir une jeune fille pendant cent ans. Les animaux parlent et se conduisent comme des humains… De cette « matière » commune, que l’on trouve déjà dans les mythes antiques ou les contes médiévaux, de multiples variantes existent. L’univers des contes passe aujourd’hui par différents médias, des grimoires traditionnels aux livres illustrés en passant par les dessins-animés, les films d’animation ou les jeux vidéo, mais aussi les déguisements, les accessoires, les parcs d’attractions, etc.

Si les contes de fées s’adressent à tous, c’est d’abord aux enfants qu’ils sont destinés, pour contribuer pleinement à leur éducation. Derrière la
fiction, le conte est le seul genre littéraire qui sache mettre en scène les peurs et les doutes enfantins et y apporter une réponse, en général positive. Leur connotation peut être ainsi plus ou moins religieuse, morale, car ils donnent à l’enfant un exemple qui pourra l’aider ou l’inciter à dépasser ses angoisses pour devenir, peu à peu, un adulte. Là est la différence entre le conte et la fable : la fable expose frontalement et sans détour une morale alors que le conte dissimule son message dans la forêt profonde. C’est de cette structure originale qu’il tire son « efficacité ».

shrek« Il était une fois », entendu si souvent dans l’enfance, résonne encore aux oreilles adultes comme un sésame pour un voyage dans l’imaginaire. Les princesses, châteaux et sortilèges s’en sont allés mais ces récits, sans que nous en soyons toujours conscients, nous ont durablement marqués car c’est à travers eux que nous avons découvert le monde. Racontés comme de simples « histoires », ils nous ont pourtant appris ce que sont le danger, le combat, l’amour ou le bonheur à travers des personnages de papier auxquels nous nous sommes souvent identifiés.

Quand on demandait à Lewis Carroll, l’auteur d’Alice au pays des merveilles, de définir ce qu’est un conte de fée, il répondait : « un cadeau d’amour ». Quant à Charles Dickens, il avouait simplement : « Le Petit Chaperon Rouge a été mon premier amour. Je sens que si j’avais pu l’épouser, j’aurais connu le parfait bonheur ». De Sigmund Freud à Bruno Bettelheim en passant par Claude Levi-Strauss, de nombreux intellectuels se sont penchés sur les contes pour en révéler la signification profonde. Des clés pour mieux comprendre nos origines.

Quelques idées de loisirs :

A écouter : Les contes de Grimm, racontés par Zabou Breitman et François Cluzet (Frémeaux et associés) ainsi que d’autres enregistrements de Marlène Jobert, Claude Brasseur, Brigitte Fossey…

A lire : Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim, traduit en français en poche. La petite fille dans la forêt des contes. Pour une poétique du conte : en réponse aux interprétations psychanalytiques et formalistes, Pierre Péju, Robert Laffont. L’archipel des contes, Pierre Péju, Aubier. Et bien sûr : Les Mille et une nuits, Les Contes de Perrault, Les Contes de Grimm, et Les Contes d’Andersen.

A voir : La Belle et La Bête, de Jean Cocteau, avec Josette Day et Jean Marais. Peau d’âne, film musical délicieusement kitch de Jacques Demy avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig et Jean Marais. Dans le registre contemporain : Shrek 1, 2, 3 et 4, film d’animation de Dreamworks, qui s’inspire, compile et adapte un grand nombre de contes.

Sur le net : http://expositions.bnf.fr/contes/index.html, le site, toujours intéressant à parcourir, d’une expo de 2001 à la Bibliothèque Nationale de France.