La Gaîté Lyrique

gaité-lyrique-façadeFévrier 2014

D’Offenbach à la musique électro et aux arts numériques en passant par Luis Mariano, la Gaîté Lyrique a connu de nombreuses vies…

La Gaîté Lyrique connaît son heure de gloire sous le Second Empire. Le bâtiment, situé rue Papin, dans le IIIème, a été construit par Adolphe Cusin en 1862, également architecte de feu le Théâtre des Gobelins. Ce dernier a eu une deuxième vie en tant que salle de cinéma que peut-être certains ont fréquenté, le Gaumont Gobelins-Rodin, avant d’être détruit en 2010. Comme souvent à Paris, où le façadisme règne en maître, l’intérieur du bâtiment a été entièrement reconstruit et la façade a été conservée. Celle de la Gaîté Lyrique, justement, est ornée de deux sculptures : la comédie, à gauche, représentée par le Scapin de Molière et le drame à droite sous les traits du Hamlet de Shakespeare. Au XIXème siècle, La Gaîté Lyrique est entièrement dédiée à l’art lyrique. Ce sont les heures de gloire de l’opéra-comique et d’un de ses sous-genres, l’opéra-bouffe. Ce dernier se caractérise par la nature comique ou légère du sujet traité. Le terme apparaît en France lorsque Jacques Offenbach prend la direction des Bouffes-Parisiens en 1855. Il doit son nom à l’opéra buffa italien et est employé par le compositeur pour se démarquer de l’opérette, genre auquel on accole régulièrement le nom d’Offenbach par erreur.

Pour faire simple, l’opéra-comique correspond à des oeuvres où des scènes chantées alternent avec des dialogues parlés. Il est également caractérisé par des sujets de la vie quotidienne mais plus sérieux que dans l’opéra-bouffe, comme par exemple dans Carmen (Bizet), Fantasio et La fille du tambour major (Offenbach) ou Manon (Massenet). Il naît à Paris sur les tréteaux des Foires Saint-Laurent et Saint-Germain. Au XVIIIème siècle, la cour d’Autriche, dont le français était la langue officielle, en était friande. L’opéra-bouffe est une catégorie particulière d’opéra-comique et s’en distingue par son caractère principalement « bouffon ». Parmi les plus grands opéras-bouffe, on citera Les noces de Figaro (Mozart), Le barbier de Séville (Rossini), La belle Hélène (Offenbach) ou encore Falstaff (Verdi). Enfin, l’opérette est un genre mêlant comédie, chant et (généralement) danse, dont Camille Saint-Saëns dit qu’il est « une fille de l’opéra-comique ayant mal tourné, mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément…».

entrée gaité lyriqueCe dernier fut d’ailleurs un éphémère directeur de « notre » Gaîté Lyrique, de 1873 à 1875. Le compositeur de génie était en effet un piètre gestionnaire et se laissait emporter parfois par une certaine démesure comme pour la mise en scène du Voyage dans la lune pour lequel il fit préparer 24 sublimes décors, des effets spéciaux et autres artifices en quantité, 673 costumes conçus par Alfred Grévin et un canon géant (vecteur du voyage dans la lune). Tant et si bien qu’il finit par faire faillite malgré le succès de ses productions. Cela n’empêche pas le Théâtre de la Gaîté Lyrique, c’est alors son nom, de continuer à prospérer pendant de nombreuses années. Avec sa salle de 1 800 places magnifiquement décorée, c’est en effet un des hauts lieux de la vie culturelle parisienne. Il abrite également un hall majestueux ainsi que le somptueux foyer de l’impératrice Eugénie, qui ont d’ailleurs été conservés. En 1918, il accueillera les fameux Ballets russes de Serge de Diaghilev dont Nijinski était un des plus éminents membres. Cette troupe, constituée des meilleurs éléments du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, fit scandale lors des premières mythiques de deux créations majeures : L’après-midi d’un faune (en 1911) et Le sacre du Printemps (en 1913), qui restent comme des moments très forts de la culture à Paris, tant ils déchaînèrent de passion et de débats enflammés. Lors de la première du « Sacre », au Théâtre des Champs-Élysées, le chahut était tel que le chorégraphe, en coulisses, était obligé de crier des indications aux danseurs qui n’entendaient plus l’orchestre. Stravinski, le compositeur, révolté par les rires et les moqueries dans la salle la quitta. Diaghilev, de son côté, ordonnait aux régisseurs d’allumer et d’éteindre les lumières en alternance pour tenter de calmer le public…

Mais revenons à notre belle salle. La Gaîté Lyrique c’est un peu le phénix des lieux culturels parisiens. En effet, elle n’a cessé de se transformer, de se reconstruire, de changer de nom et de « mission » et même de déménager. En effet, avant 1862 et son déménagement rendu nécessaire par la percée du boulevard Voltaire, la Gaîté Lyrique a eu une première vie boulevard du Temple. C’est Jean-Baptiste Nicolet, acteur et directeur de théâtre, qui en est à l’origine. Dès 1759 il met en scène des opéras-comiques. Il entre en conflit avec la Comédie-Italienne, mais parvient à
faire sourire Louis XV venu assister à une de ses représentations. Le monarque lui donne l’autorisation de prendre le nom de Théâtre des Grands
Danseurs du Roi, nom qui deviendra Théâtre de la Gaîté en 1792. Démolie puis reconstruite en 1808, la salle sera détruite par un incendie en 1835 et à nouveau reconstruite.

ancienne-gaitéRibollet connaît un vrai succès, notamment populaire, à tel point que plus de 9 000 pièces seront jouées de 1753 à 1799 et qu’à l’époque un adage était fort répandu : « C’est de plus fort en plus fort, comme chez Nicolet. ». Autrement dit, dès ses origines, la Gaîté s’est affirmée comme un lieu exigeant tout en étant éminemment populaire ; dans la droite lignée de notre démarche : « ambitieux mais pas prétentieux »… Après l’âge d’or de l’opérette, le théâtre ferme en 1963 pour cause de déficit et n’ouvre plus qu’épisodiquement, par exemple pour de grands succès comme La Dispute de Marivaux, mise en scène par Patrice Chéreau, ou Le regard du sourd par Bob Wilson au début des années 70. Oui, le même Bob Wilson que pour notre première soirée club The old woman ! Mais c’est un peu le chant du cygne de cette x-ième vie de la Gaîté qui connaît alors un abandon progressif et une longue hibernation avant sa renaissance actuelle. Par mesure de sécurité, on mure l’ancienne salle à l’italienne et quand le dôme menace de s’effondrer, on la bétonne même en partie avant de la détruire pour la construction, en 1989, d’un parc d’attraction (Planète magique) qui fait rapidement faillite. En sommeil, la Gaîté Lyrique renaîtra en 2011 quand elle sera ré-ouverte au public en tant que nouvel établissement culturel destiné aux cultures numériques et aux musiques actuelles. C’est l’architecte Manuelle Gautrand (projet de Tour AVA à La Défense et vitrine Citroën sur les Champs-Élysées) qui est à la baguette de cette réalisation unanimement saluée.

Quelques idées de loisirs :

A lire : Jacques Offenbach, musicien européen de Philippe Luez, éd. Séguier. L’opérette en France, Benoît Duteurtre, Fayard. Une histoire du Théâtre à Paris, Jean-Claude Yon, éd. Aubier.