Et si on revisitait la fête de Noël ?

2013-12-Sens-NoëlDécembre 2013

Le sapin, les cadeaux, le père Noël, les rennes… Oui, mais encore ? Un retour sur la fête de Noël, sa signification, les pratiques qui lui sont propres et la symbolique du don.
Avant de se lancer dans la course effrénée aux cadeaux…

La fête de Noël occupe une telle place dans notre société et dans notre imaginaire qu’il s’avère bien difficile de démêler la légende de la réalité et de prendre un peu de distance par rapport à cette période si particulière de l’année placée sous le signe de l’enchantement, de l’innocence, ou au contraire d’un mercantilisme sans limites. Entre la magie des lumières et la dénonciation d’une fête qui aurait perdu son sens « originel », quel sens donner à « Noël, le berceau de toutes les fêtes, celle qui plus que toute autre inspire le respect et fait frémir » (Jean Chrysostome, 386) ?
Au sens strict, Noël est d’abord la plus grande fête chrétienne, qui, chaque année, célèbre le 25 décembre la naissance de Jésus-Christ. La Bible le raconte et la crèche le montre : un enfant serait né dans la nuit du 24 au 25 décembre à Bethléem en l’an zéro de notre ère. Le 6 janvier, des rois venus d’Orient seraient arrivés pour se prosterner devant lui, guidés dans leur longue route par une étoile. Cette date est célébrée par une autre fête, l’Épiphanie (du grec epiphaneia, « manifestation » ou « apparition » divine). Tout le reste du cortège de Noël, de Saint-Nicolas au Père Noël en passant par le sapin et les cadeaux seraient des ajouts postérieurs qui seraient venus s’agréger peu à peu pour former le Noël que nous connaissons aujourd’hui.
2013-12-Sens-Noël-1En réalité, les choses ne sont pas aussi simples. Que l’on croit ou que l’on ne croit pas en cette naissance miraculeuse et en son caractère divin, le fait est que pendant les trois premiers siècles de notre ère, les chrétiens situaient la naissance du Christ au printemps et ne s’y intéressaient d’ailleurs qu’assez peu : ils célébraient plus volontiers son baptême ou sa résurrection. Le choix de la date du 25 décembre aurait été fait à Rome, sous le règne de Constantin, premier empereur à se convertir au christianisme, sans doute en 336. Et ce choix ne doit rien au hasard : le solstice d’hiver (21 décembre), jour le plus court de l’année, ouvrait depuis la plus haute Antiquité une période de réjouissances païennes où l’on célébrait à la fois les morts et la renaissance de la lumière. Au cours des « Saturnales » romaines, de grandes fêtes inversaient même l’ordre établi, et les esclaves devenaient, pour quelques jours, les maîtres. En Scandinavie, c’était la fête de Yule, qui célébrait aussi la régénération du temps. L’étymologie, d’ailleurs, témoigne de ces origines hybrides. « Noël » viendrait soit du gaulois noio (nouveau) et de hel (soleil), qui signifierait « nouveau soleil » (après le solstice), soit du latin natalis (naissance) et dies (jour), qui évoquerait la naissance de Jésus.
2013-12-Sens-Noël-2Le mélange entre éléments chrétiens et païens ne date donc pas d’hier… La spécificité de Noël, c’est non seulement d’avoir traversé le temps mais aussi de s’être métamorphosée, enrichie de multiples et diverses traditions. Notre imaginaire de Noël doit cependant beaucoup à l’Angleterre victorienne et aux États-Unis qui, à partir du XIXe siècle, en réinventent le sens en lui donnant un contenu plus moral et en mettant en avant les enfants, la famille, la rédemption. Le meilleur chantre de cet « esprit de Noël » reste Charles Dickens, qui écrivait, en marge de son célèbre Conte de Noël : « Il y a des gens qui vous diront que Noël n’est plus pour eux ce qu’il était jadis, que chaque Noël qui a passé a vu s’estomper ou s’évanouir quelque espoir caressé (…). Ne choisissez pas le plus joyeux des trois cent soixante-cinq jours pour vos attristantes réminiscences, amis rapprochez votre fauteuil du feu qui flamboie, remplissez votre verre, entonnez la chanson à la ronde. » (dans Sketches for Boz, 1836).
Et si, au lieu de vénérer Noël ou de s’en moquer, on passait son imagerie à la loupe ? Et les images ne manquent pas, Noël en a même fait une véritable industrie, née au XIX e siècle. Contes et récits, cartes de vœux, décorations et bibelots en tout genre, chansons, films, publicités constituent un fantastique réservoir qui reflète les évolutions d’une fête qui n’en finit pas d’étendre son pouvoir, même s’il s’est considérablement transformé depuis les premiers chrétiens. Parmi les éléments qui accompagnent la célébration, les hiérarchies se redessinent et témoignent des évolutions de nos sociétés. Entre la génération de nos grands-parents, qui raconte encore avec émotion la messe de minuit, la veillée et l’orange déposée dans un sabot ou une chaussette, et les enfants d’aujourd’hui, Noël a beaucoup changé mais chaque génération rêve toujours de plus d’authenticité, comme s’il existait un modèle de référence. Mais où le chercher ? En Laponie, dans la contrée imaginaire du Père Noël (qui date du début du XX e siècle), en Allemagne ou en Alsace, où Saint Nicolas le dispute toujours au vieillard en rouge et blanc (couleurs données à l’occasion d’une publicité pour Coca-Cola en 1930 !), dans le New York de Santa Claus (inventé par des immigrés hollandais) ou encore parmi les bergers de Provence ? Ou peut-être devant les vitrines des grands magasins illuminés où se pressent les enfants et leurs parents ?
2013-12-Sens-Noël-3Sans doute partout et nulle part à la fois tant le folklore de Noël est foisonnant : si une image générale de la fête est partagée mondialement, par-delà les clivages religieux et culturels, chacun forge son propre conte de Noël en fonction de son histoire. Une tradition n’en a pas chassé une autre et Noël se distingue par son grand éclectisme qui permet tous les « bricolages » culturels. Plus encore, autour du sapin et des cadeaux, Noël jongle avec les contraires : l’enfance et la vieillesse, la famille et la solitude, la pauvreté et la richesse, le bonheur et l’affliction, l’humilité et l’arrogance… Et si c’était aussi de ces paradoxes que Noël tirait son perpétuel pouvoir de séduction ?

Quelques idées de loisirs :

À visiter : Les marchés de Noël, surtout celui de Strasbourg (Christkindelsmärik en alsacien), « capitale de Noël » et ceux des villages d’Alsace.

À lire : Charles Dickens, Un conte de Noël, Paris, Fleuron, 1996 pour une édition récente.
Nadine Cretin, Le Livre de Noël, Paris, Flammarion, 1997.
Martyne Perrot, Ethnologie de Noël, Paris, Grasset, 2000.

À voir, parmi la multitude des films qui évoquent Noël : La Vie est belle, Le Père Noël est une ordure, La Bûche