Rue de Solférino

Rue-de-Solferino

Octobre 2013

Percée en 1866 et bardée de façades haussmanniennes, cette rue, de seulement 232 m de long, ne semble pas se démarquer de ses consoeurs parisiennes. Et pourtant, elle est particulièrement symbolique du pouvoir politique et de l’histoire de France. Qui plus est, elle sera même, indirectement, sous les feux de la rampe du 26 au 29 octobre.

« Notre » rue est aujourd’hui connue pour héberger, au N°10, le siège du Parti Socialiste. Avant d’avoir sa fonction actuelle, cet hôtel particulier a abrité, de 1944 à 1978, divers mouvements syndicaux qui se l’étaient vu attribuer à la Libération, sur réquisition. En effet, pendant la seconde guerre mondiale, c’est le ministère de l’Information, en charge de la propagande du régime de Vichy, qui l’occupait. C’est d’ailleurs là que fut abattu Philippe Henriot, ministre de l’Information surnommé le Goebbels français, le 28 juin 1944 à 5h30 du matin par une équipe de résistants des Corps Francs emmenée par Charles Gonard, dit Morlot.

Par un de ses raccourcis dont l’histoire a le secret, le Rassemblement du Peuple Français du Général de Gaulle fut domicilié au n°5 de la rue de Solférino de 1947 à 1955. Il y eut également, non loin, le siège du controversé Service d’Action Civique (SAC). C’est également sur cette rue que donne, symbole du pouvoir s’il en est, une des façades du palais de la Légion d’honneur, qui est lui-même au coin de la rue de Lille, rue où se trouvait jusqu’en 2001 le siège du Rassemblement Pour la République (l’un des ancêtres de l’UMP pour les lecteurs les plus jeunes). Enfin, elle est à 300 mètres à peine de l’Assemblée Nationale. Le pouvoir et ses symboles atteignent donc rue de Solférino une densité assez rare. Il y aurait d’ailleurs long à dire sur cette concentration de pouvoir en un espace aussi restreint (cf. déjà en 1947 le célèbre « Paris et le désert français »).

Napoleon-IIIMais ce n’est pas tout. La rue est d’autant plus un symbole du pouvoir et de l’histoire de France qu’elle doit sa création à la volonté de Napoléon III, et du préfet de Paris, le baron Haussmann, de modifier en profondeur l’urbanisme de la capitale. Son nom fait également écho à cette double symbolique. En effet, Solférino est une victoire franco-sarde en 1859. La France, alliée à Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, luttait alors, pour l’unité de l’Italie, contre l’Empire d’Autriche. Mais elle ne voulait pas, en éloignant la menace autrichienne, contribuer à créer un état unifié trop puissant, et potentiellement dangereux, à ses frontières. Napoléon III obtint ainsi de son al-lié sarde la cession du Duché de Savoie et du Comté de Nice en échange de son aide. Si la tartiflette et la salade niçoise sont des spécialités françaises, c’est donc à la bataille de Solférino qu’on le doit.

Bataille-de-Solferino-1

Le 24 juin 1859, jour de la bataille, un voyageur pas comme les autres s’arrête dans un village voisin, à Castiglione, lieu d’une célèbre victoire, quelques années auparavant de l’oncle de Napoléon III, celui qui n’était encore que le général Napoléon Bonaparte. Ce voyageur, suisse de naissance et qui obtient la double nationalité française en 1859, se rend à Solférino dans l’espoir de rencontrer Napoléon III pour lui parler de la concession qu’il a dans la colonie suisse de Sétif, en Algérie, concession au bord de la faillite. Il arrive à Solférino le lendemain de l’affrontement et est horrifié par « l’un des spectacles les plus affreux qui se puissent présenter à l’imagination » (6 000 morts et 30 000 à 40 000 blessés). Marqué par cette expérience, Henri Dunant, c’est de lui dont il s’agit, sera un des pères fondateurs de la Croix-Rouge qui prendra son essor international avec la première Convention de Genève, il y a 150 ans, du 26 au 29 octobre 1863.

Il faut aujourd’hui une dizaine de minutes pour se rendre, en Lombardie, de Castiglione à Solférino, soit à peine plus de temps que pour aller, à Paris, de la rue de Castiglione à la rue de Solférino. Se promener à Paris, c’est parcourir un livre d’histoire à coeur ouvert et (presque) parcourir le monde !

 

Pour aller plus loin

A lire :
Un souvenir de Solférino Henri Dunant, en poche.
Louis Napoléon le Grand Philippe Séguin Grasset.
Magenta et Solférino 1859, Napoléon III et le rêve italien Raymond Bourgerie – Economica

A voir :
Le Guépard de Luchino Visconti avec Burt Lancaster, Claudia Cardinale et Alain Delon, sur la révolution garibaldienne en Italie.