Édith Piaf et Jean Cocteau

portrait-octOctobre 2013

Il y a 50 ans, le 11 octobre 1963, deux grands artistes français disparaissaient coup sur coup, à moins de 6 heures d’intervalle. Et cela ne doit rien au hasard…

Malgré leur grande différence d’âge, Édith Piaf est née en 1915 et Jean Cocteau en 1889, les deux artistes sont amis de longue date et ont entretenu une correspondance suivie. Déjà en 1940, le poète a écrit pour elle une pièce, Le Bel Indifférent, qui la lance au théâtre, elle qui était déjà une vedette du music-hall et du cinéma. Ce fut d’ailleurs le succès de la saison à Paris.

Jean Cocteau est un poète et artiste aux multiples talents : roman, théâtre, cinéma, dessin, peinture, fresque, poterie, céramique, danse… il ne se fixe aucune limite. Elu à l’Académie Française en 1955, il a rencontré le succès dès ses débuts ce qui ne l’empêchera pas d’être souvent sans le sous. Véritable imprésario de son époque, il collabore aux Ballets Russes de Diaghilev, qui lui lancera sa fameuse injonction : « Étonne-moi ! ». Jean Cocteau poursuivra sur cette voie toute sa vie cherchant à étonner le monde et à s’étonner lui-même. Il collabore au mouvement Dada, travaille avec Nijinski, Picasso, Satie, Proust, Gide et tant d’autres. Il vole avec Roland Garros. Il lance le jeune Raymond Radiguet et souffre atrocement de son décès soudain. Ouvertement homosexuel, il s’entoure, plus tard, de beaux jeunes hommes dont Jean Marais. De son côté, Édith Piaf aura une vie sentimentale également assez dense et lancera, elle aussi, nombre de jeunes premiers : Yves Montand, Charles Aznavour et Georges Moustaki par exemple.

Celui qu’on surnomme « le Funambule de tous les arts » compare sa grande amie à du chiendent qui repousse d’autant mieux qu’on le décapite. Il est vrai que « la Môme » n’a pas eu la vie toujours facile. Elle commence même franchement dans la misère et se poursuit dans la maison close de sa grand-mère paternelle (où les prostituées la chouchoutent). Édith y perd momentanément la vue et attribue à Sainte Thérèse de Lisieux le fait de la recouvrer. Elle lui vouera d’ailleurs toute sa vie une dévotion sans faille, elle qui était animée par la foi du charbonnier. Le jour de son enterrement, le fossoyeur glissera à côté du cercueil de la chanteuse ses objets fétiches dont une statuette de sainte Thérèse de Lisieux et une carte postale de la chapelle de Milly-la-Forêt portant
une dédicace de Jean Cocteau.

Tous deux ont affronté des démons très proches (opium pour lui, alcool et morphine pour elle) et vécurent des cures de désintoxication et des périodes de sevrage violentes. En marge, chacun à sa façon, ils ont également en commun d’avoir eu une enfance difficile, le père de Cocteau s’étant suicidé quand son fils avait 9 ans. Ils ont enfin partagé une forme d’insatisfaction du monde et d’eux-mêmes, une certaine tristesse et une grande nostalgie. Pourtant très
entourés l’un comme l’autre, on a le sentiment qu’ils souffraient d’un réel sentiment de solitude. Le 10 octobre 1963, Édith Piaf meurt dans sa villa de Grasse mais sa dépouille est transportée clandestinement à Paris où elle souhaitait mourir. Son décès n’est donc officiellement constaté que le lendemain, 11 octobre, à 7 h du matin. A l’annonce de cette nouvelle, Jean Cocteau aurait dit à ses proches : « C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre. ». Il aurait poursuivi en louant la grandeur d’âme de son amie avant d’être pris d’une crise d’étouffements et de mourir quelques heures plus tard. Le lendemain, Le Parisien Libéré publiera en une : « La mort d’Édith Piaf a tué Jean Cocteau ».